ANDREA : Militer pour la défense des droits des femmes


Notre rencontre avec Andréa s’est faite sur le palier de sa porte. D’entrée le ton est donné : notre entretien aura lieu entre la rue et un café puisqu’elle doit se rendre à la manifestation organisée chaque année pour obtenir le droit à l’avortement en Argentine.
En chemin, elle nous explique la situation des femmes dans son pays, et nous aide ainsi à mieux comprendre son combat car, bien que l’Argentine ait ratifié pratiquement toutes les conventions qui concernent les droits humains, ceux des femmes restent encore trop peu existants et/ou appliqués.


Les femmes en Argentine

Ce n’est que très récemment, avec la crise économique de 2001, que les femmes sont réellement sorties de leur foyer pour accéder à l’emploi. Durant cette période, où le chômage a atteint des sommets, les femmes trouvaient plus facilement un travail que les hommes (employé de maison, serveuse…). Mais malgré cela, le rôle principal de la femme est encore de rester à la maison et d’élever les enfants.

La conception

En argentine, les femmes deviennent mères très jeunes, vers 16 ans, voir 14 ans. Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles de 17 ans qui sont déjà mères de deux enfants.
Les pères, en général, ne sont peu ou pas investis dans l’éducation des enfants et il arrive fréquemment que l’homme quitte le foyer, laissant la femme seule pour élever ses enfants. N’ayant pas fini ses études, du fait de sa grossesse, la mère se retrouve avec une condition financière des plus précaire, devant se contenter de petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille.

Diffuser les possibilités de contraception et éduquer à la sexualité sont donc des enjeux majeurs pour prévenir ces situations.

Mais l’Argentine est un pays conservateur, particulièrement en ce qui concerne le statut de la femme et la sexualité ; pour preuve l’interdiction de vasectomie et de ligature des trompes encore en vigueur jusqu’à l’an dernier ! La contraception est pourtant autorisée depuis 1983 et depuis 2003 les méthodes de contraception sont accessibles gratuitement. Mais encore trop peu de gens le savent, aucune communication n’étant faite. De plus il n’est pas rare que certains médecins en boycottent l’accès.

Ici l’avortement est illégal ; Il est cependant légalement autorisé dans des conditions très spécifiques : viols, maladie mentale de la femme. Mais même en remplissant ces conditions la décision revient pleinement au médecin. De ce fait, les femmes ont recours aux avortements clandestins (on estime leur nombre à 300 000 par an). Alors que les femmes « riches » ont les moyens d’y avoir recours dans des conditions d’hygiène et de sécurité convenables, les femmes « pauvres » en meurent fréquemment (il est très difficile d’avoir des chiffres, on parle de deux morts par jour ou plus).

L’éducation à la sexualité est également importante pour prévenir les grossesses précoces. Mais celle-ci est quasi inexistante, que cela soit dans les foyers ou à l’école. Ce n’est que l’an dernier (2006) qu’un texte législatif a institué l’éducation à la sexualité dans les collèges. Mais dans la pratique cela dépend de la volonté des établissements.

Les violences faites aux femmes

La violence est aussi un problème qui concerne les femmes quelques soient leur classe sociale, positions idéologiques ou géographiques. En Argentine, il y a une longue histoire de femmes (et également des petites filles) qui sont mortes d’une manière violente chez elles, sur leur lieu de travail ou d’étude. Dans tous les cas, on trouve cette caractéristique qu’est la mise en doute de l’honorabilité de la victime, même lorsqu’il s’agit de petites filles. Et bien souvent les affaires sont classées.
Les cas de harcèlement sexuel, de discrimination pour quelques kilos de trop…sont aussi des exemples des diverses formes de violence qui chaque jour s’exerce sur les femmes. Dans les premières années de « Menemisme », il y a eu des entreprises - comme Telecom - qui, pour occuper des emplois de Relations Publiques, demandaient aux candidates, en plus des CV et des entrevues habituelles, de se peser parce qu’elles allaient représenter l’entreprise et se devaient d’avoir un physique irréprochable !
Également, un nombre considérable de cas de viols est rapporté chaque année. Là encore, le viol, bien que réprimé par la loi, ne plaide pas totalement en faveur de la victime. La nécessité de preuves et de témoins constitue une entrave majeure à la protection et la prise en charge des femmes victimes. En outre, un article du code pénal offre la possibilité au violeur d'épouser la femme dont il a abusé si elle-même accepte sa proposition !

 


Andréa Marino

C’est contre toutes ces injustices qu’Andrea se bat et consacre son engagement depuis plus de 10 ans. Sociologue de formation, elle s’est très vite tournée vers la défense des femmes et a intégré l’équipe du FEIM.
La Fundación para Estudio e Investigación de la Mujer – Fondation d’étude et d’investigation de la femme – est une ONG, crée en 1989 par un groupe de femmes. Elle a pour but de développer des recherches, études, programmes et autres activités pour améliorer la condition des femmes en Argentine. Dans ce sens le FEIM dispose depuis peu d’un statut de « consultant » pour les Nations-Unis.
Andréa et les autres personnes investies dans la FEIM essaient de faire changer les lois et évoluer les mentalités à travers des actions de sensibilisation, des réunions, soirées débats…
Andréa tient à rappeler que la thématique de la condition de la femme est une thématique qui traverse le monde, l’oppression des hommes, le machisme se retrouvant dans beaucoup de pays, sociétés. De plus ces inégalités homme-femme ne dépendent pas de la condition sociale, pauvre ou riche les conditions pour les femmes sont les mêmes en Argentine. Elle le constate tous les jours lorsqu’elle se rend dans les bidonvilles (vichasses) de la périphérie de Buenos-Aires où elle vient en aide à ses habitants.
À côté de tout cela, Andrea donne également de son temps pour l’aide aux personnes en situation de prostitution et à la communauté travestie. Ces populations sont, elles aussi, fortement victimes de discrimination et ne disposent d’aucun statut pour les administrations Argentines. Ainsi ces personnes n’ont pas accès au logement, ni au travail ce qui engendre des conditions de vie très précaires. Contre cela aussi, elle se bat.

Andréa est une écocitoyenne qui a décidé de défendre les droits de l’Homme dans son ensemble car elle est persuadée qu’elle peut contribuer à changer les choses. Selon elle chacun peut agir, dans son quartier, sa ville, pour permettre à tous de vivre libres et égaux en dignité et en droit !

 

 

« Pas besoin d’aller loin de chez soi pour agir »
Andréa Marino - 2007