Lorsque nous arrivons à notre rendez-vous avec Sébastian, il nous attend à la table d’un café, plongé dans la lecture d’un dossier sur le changement climatique.
Dès les premières minutes, c’est avec passion qu’il nous parle de son investissement dans ce domaine.
Décidé depuis longtemps à faire quelque chose pour la planète, il a créé, avec un groupe de volontaires, une fondation qui a pour but de promouvoir et développer les énergies renouvelables en Argentine.
La fondation Energias Limpias
Sébastian et les 9 autres bénévoles que compte la fondation travaillent à informer la population et le gouvernement, en vue d’accélérer le processus d’incorporation des technologies propres. Leur travail est rythmé par la recherche, le développement et la mise en œuvre de projets de terrain.
L’accent est aussi mis sur la création de documents et la diffusion d’informations sur les énergies renouvelables, facilitant ainsi leur compréhension et leur popularisation. En effet Sébastian déplore que pour beaucoup les énergies renouvelables c’est ce qui peut se faire dans un petit village qui n’a pas accès aux énergies classiques. Il veut montrer que ces énergies peuvent très bien se mettre au service de la ville.
Le travail d’Energias Limpias revêt une grande importance, beaucoup d’Argentins n’ayant jamais entendu parlé de changement climatique. Pourtant la problématique des énergies est très présente dans leur quotidien. Le pays connaît actuellement une vraie crise dans ce domaine, important l’énergie dont il a besoin en faisant appel à la Bolivie, au Venezuela. Pourtant l’Argentine a du potentiel, notamment en terme d’énergie éolienne.
Hélas, pour l’heure aucun investissement n’est fait pour développer d’autres sources d’énergie. Les politiques n’y portent pas intérêt, les résultats n’apparaissant que sur du long terme, trop long pour y voir un intérêt politique.
Pourtant en 1993 une loi est venue favoriser les énergies renouvelables en rémunérant leurs producteurs un centime du mégawatt. Entre 1994 et 2005 il y a donc eu une augmentation de production d’énergies propres. Mais aujourd’hui cette rémunération est passée à 0,30 centimes, empêchant ainsi les producteurs d’être compétitifs avec les autres énergies, notamment le pétrole. En effet, ce type d’énergie est très bon marché, arrosé à coup de subventions.
La population n’a donc pas conscience de l’importance de freiner sa consommation. L’isolation des logements n’est pas pensée, les lumières rarement éteintes…
Pourtant ce sont les citoyens qui subissent de pleins fouets les difficultés d’approvisionnement de l’énergie. Par exemple, cet hiver (qui a été très froid) a connu un grand pic de consommation qui a obligé le gouvernement a coupé l’énergie dans certaines régions reculées du pays. En outre, les industries se voient parfois privées d’électricité et les productions industrielles freinées afin que la demande n’excède pas la production d’énergie.
Cet été devrait également connaître des pics de consommation, avec l’utilisation massives des climatiseurs.
Pour pallier ces problèmes, le gouvernement a choisi de se tourner vers l’énergie nucléaire. À l’heure actuelle, cela représente 5% de l’énergie du pays. Et depuis 24 ans une centrale est en construction (coûtant beaucoup d’argent, sa construction est souvent suspendue).
Cependant on peut constater que petit à petit les politiques prennent conscience que le changement climatique coûtera cher et que l’anticiper serait financièrement plus intéressant, comme l’a démontré un rapport de Stern Review (entreprise qui étudie le changement climatique d’un point de vue économique).
C’est dans ce sens que l’Etat de Buenos Aires a ouvert, depuis un an, le « bureau de protection climatique et d’efficacité énergétique ».
Le bureau de protection climatique et d’efficacité énergétique
Un de ses objectifs est d’influer sur les décisions politiques nationales en étant un organe de consultation pour ces derniers.
L’Etat de Buenos Aires a fait appel à Sébastian pour participer à ce projet. Il peut ainsi diffuser ses connaissances car le gouvernement ignore beaucoup dans ce domaine.
Et Sébastian fourmille de projets pour la ville. Maintenant qu’il est passé du statut de militant à employé du gouvernement il se sent l’obligation morale d’être actif et d’impulser une dynamique, ayant trop souvent déploré l’inaction de celui-ci.
Actuellement, le bureau élabore un état des lieux pour pouvoir donner des orientations précises et réalise en ce moment un bilan des émissions de gaz à effet de serre sur la ville.
En parallèle, il travaille sur un projet de loi qui imposerait aux constructeurs de nouveaux immeubles d’installer des chauffes eau solaires pour préchauffer l’eau.
Le bureau fait également de l’éducation et de la sensibilisation, notamment dans les écoles. Une manière de toucher aussi les parents. Il donne des conférences et va dans la rue afin de faire la promotion des économies d’énergies auprès des citoyens.
Sébastian
Depuis de très nombreuses années, Sébastian est investi dans le domaine de l’environnement. Il a passé son enfance en banlieue, très loin des notions d’écologie dont il ne connaissait rien. Un jour, à son école, un camarade lui parle de Greenpeace et l’emmène à une réunion. Il s’y fait des amis et décide alors de former un groupe pour discuter de ces questions environnementales. En tout il aura consacré 15 ans de sa vie à Greenpeace. C’est avec Juan Cruz, ami de l’époque, qu’il décide de créer Energias Limpias.
Son investissement est pour lui un choix de vie, une philosophie. Il nous avoue que ce travail n’est pas rémunérateur, que cela ne lui permet pas de vivre confortablement. Mais ce sacrifice est un choix qu’il a fait depuis longtemps, le jour où il a décidé de mettre ses priorités ailleurs. Son travail le passionne, c’est un vrai engagement qu’il veut anticipateur de ce qui doit et devra tôt ou tard être mis en place pour limiter le changement climatique.
Écologiste ? Il l’est. Optimiste ? Également, mais il confie que cet optimisme s’apparente plus à une obligation qu’à un réel état d’esprit. Selon lui, un écolo ne peut pas être pessimiste sinon il ne pourrait pas agir.
Mais il nous précise que le changement tant attendu pour limiter les conséquences du dérèglement climatique ne viendra pas des écologistes. Ce sont tous les hommes ensembles qui peuvent agir. Ce n’est pas Kyoto qui inversera la balance ; Il revient à chacun de nous de l’anticiper le plus rapidement possible, dans notre vie de tous les jours.
Également, toutes les organisations qui travaillent pour lutter contre la pauvreté, aider les enfants des rues… tous doivent sensibiliser à l’environnement car cela concerne tout le monde !
« Pensons globalement, agissons localement »
Sébastian Lastra