Carnet N°9 : du Sud Lipez à Sucre



Sud Lipez et Salar d’Uyuni


Passage frontière Chili-Bolivie à 4500 m d’altitude. L’heure est venue de laisser derrière nous la chaleur étouffante du désert d’Atacama pour retrouver la fraîcheur et les brises andines des hauts sommets Boliviens.


Entourés de volcans aux neiges éternelles nous traversons les plaines désertiques de l’altiplano et les premiers monts de la cordillère des Andes, investis par quelques lamas et vigognes.


La vigogne est le plus petit des camélidés, vague cousin du lama, qui peut se passer de boire pendant plusieurs semaines ! Il se nourrit des rares petites touffes herbeuses et ligneuses de la plaine. Il est parfaitement adapté à la rudesse du climat où l’oxygène est rare, les rayons ultraviolets très puissants et les températures glaciales.

Nous le sommes un peu moins et les premières lourdeurs crâniennes se font ressentir. Le mal des montagnes, le « soroche » guette ! 

Mais cela n’empêche pas de s’émerveiller des paysages lunaire fantastiques que nous offre le Sud Bolivien : nombreuses lagunes aux couleurs différentes (Laguna Blanca, Verde, Colorado…), dégradés de roses des flamants, eaux chaudes qui sortent des entrailles de la Terre, geysers qui renvoient des jets de boues bouillonnantes et diffusent l’odeur nauséabonde d’œufs pourris…

 

 

 

 

Après une première nuit qui a permis à notre corps de s’adapter à l’altitude, nous reprenons la traversée du désert du Sud Lipez, entourés de curiosités rocheuses façonnées par des millions d’années de vent et d’eaux, aujourd’hui retirées.
Croiser des habitants sur notre route nous surprend à chaque fois. Comment peut-on vivre au milieu de nulle part ? Décidemment le peuple Bolivien nous inspire un profond respect !

Nous nous approchons du salar d’Uyuni, cette grande étendue immaculée, le plus vaste désert de sel au monde qui s’étale sur 12 500 km2. A perte de vue, une mère blanche s’offre à nous, seulement interrompue par l’isla del Pescado, perdue au milieu de ce désert, où se dressent des centaines de cactus Corales dont certains ont plus de 1000 ans.

Lendemain, levé à 5h pour attraper le bus qui fait le trajet d’Uyuni à la frontière Argentine. Sur une route de terre étroite et cabossée qui frôle les flans de montagnes et nous remue dans tous les sens nous traversons encore une fois des paysages spectaculaires, dignes des plus beaux Westerns ! C’est d’ailleurs dans ces régions que Billy the Kid et Butsh Cassidy ont traîné leurs guêtres !
Après ce crochet Argentin, nouveaux passeports en poche, nous reprenons cette route. Cette fois-ci nous aurons mis le double du temps. Le trajet le plus dur que nous ayons eu jusqu’à maintenant. Sur des sièges défoncés, nous tentons tant bien que mal de dormir. Réveil à minuit, bus arrêté pour cause de crevaison. Après une heure d’arrêt, durant laquelle le chauffeur se démène pour faire une réparation de fortune pendant qu’un autre homme s’occupe des freins défaillants, nous reprenons la route…Pour nous arrêter de nouveau quelques heures après, victime d’une nouvelle panne.
A côté de nous, deux frères boliviens d’une quarantaine d’année, vêtus de haillons, passent la nuit à ingérer feuille de coca et alcool. Ils pleurent un proche sur le point de mourir et se rendent à Potosi pour tenter de trouver un peu d’argent. Leur tristesse nous a profondément peiné, nous faisant prendre encore plus conscience de la souffrance de ce peuple et de leurs difficiles conditions de vie dans ces régions arides et austères.


Potosi


Potosi se profile enfin à l’horizon ! Et c’est une ambiance de fête qui nous accueille, la ville célébrant ses 170 ans. Pour l’occasion, Evo Morales, le président, a fait le déplacement. Beaucoup d’habitants se sont attroupés devant la mairie afin de voir leur chef d’Etat. Cette foule est sagement restée plusieurs heures à l’attendre. Nous avons donc attendu à leur côté, impatient de voir tous ses Boliviens manifester leur joie de voir leur président. À sa sortie, la chaude ambiance promise par l’attroupement retombe comme un soufflé. Quelques cris et applaudissements vite étouffés sont les seules réactions après plusieurs heures d’attente. Nous sentons que ce peuple n’est pas habitué à montrer ses émotions. Certainement le résultat d’années d’oppression et de dictature.

À côté de notre travail, nous profitons de nous balader dans cette jolie ville aux bâtiments coloniaux. Et puisqu’une visite de Potosi ne saurait être complète sans visiter ses célèbres mines, nous nous y plions. Notre visite à la mine du Cerro Rico nous a permis de voir les difficiles conditions de travail des mineurs qui travaillent à la main la roche du Cerro.
Depuis 1545, ce sont plus de 30.000 tonnes d'argent qui ont été extraites.  Des esclaves étaient utilisés par les colons Espagnols afin d’extraire l’argent du Cerro Rico et ensuite exporter le précieux minerai vers l’Europe. Les esclaves travaillaient dans des conditions inhumaines, et pourtant proche de ce qui se fait encore aujourd’hui. La différence majeure est que maintenant les hommes sont payés pour ce travail.

Bien que le temps de présence dans la mine n’est plus le même, aujourd’hui 15000 mineurs (dont des jeunes de 16, 17 ans) y travaillent quotidiennement, durant 8h d’affilée, bien souvent sans déjeuner.
Pour s’aider dans leur travail, les mineurs mâchent de la coca, ce qui leur vaut d’orner constamment une joue gonflée par l’amas de feuilles qui distillent lentement ses propriétés stimulantes. Pour « tenir le coup », ils associent le prise de coca avec de l’alcool et une pâte qui ressemble à une petite plaque de beton. Il s’agit de bicarbonate de soude mélangé à des pommes de terre et de la quinoa, la céréale andine par excellence, graminée très riche en protéines. Ce cocktail détonant, associé aux poussières de la mine respirées chaque jour pendant plusieurs années ne laisse décoller l’espérance de vie qu’à 45 petites années !

La fin de semaine, les mineurs partagent un rituel autour du diable de la mine, « el Tio », à qui ils réservent offrandes de coca, alcool et cigarettes qu’ils allument dans sa bouche. Ce rituel est censé les protéger d’éventuels accidents et les assurer de trouver de bons filons de minerais.

Avant que les colons ne lancent les grandes campagnes de christianisation, les croyances des Indiens sud-américains étaient bien différentes. Ils avaient pour Dieux les éléments de la nature. Ils vénéraient donc Inti, le Dieu Soleil et Pachamama, la Déesse de la Terre, mère nourricière des hommes.
Aujourd’hui encore, bien qu’en majorité catholique, les Boliviens perpétuent les traditions liées à ces croyances et pratiquent par exemple le sacrifice de Lama pour l’offrir à la Terre Mère en échange de ses grâces. Dans ce sens, les mineurs de Potosi répandent le sang des lamas sacrifiés sur les parois de l’entrée de la mine, rituel sensé leur porter chance.

Aujourd’hui cette montagne ne représente guère plus qu’un gruyère tremblotant sous les ondes des explosions quotidiennes de dynamite.


Nous avons profité de ce séjour à Potosi pour découvrir l’étonnant musée de la monnaie où se mêlent histoire de la monnaie (heureusement quand même !), tableaux de maître, momies d’enfants, coquillages et animaux empaillés. Il n’y a que la Bolivie pour offrir un musée pareil !


Nous avons également rencontré Ricardo et Moises investies dans l’aide aux communautés indigènes ainsi que Cristina qui apporte son soutien aux élèves qui vivent dans la précarité.

 


Sucre


Après cette incursion à Potosi, nous nous dirigeons vers Sucre, capitale constitutionnelle de la République et ville qui offre un visage bien différent de la Bolivie profonde que nous venons de traverser.


L’architecture coloniale y a laissé une forte empreinte baroque avec de blancs édifices des XVIIIe et XIXe siècles. Nous y retrouvons un petit côté  Européen par certains aspects, notamment sa vie nocturne à l’ambiance étudiante et ses restaurants.


Tellement occidentalisé qu’il en devient même difficile de retrouver des plats typiques Boliviens comme le Pique Macho, un plat bien consistant, composé de morceaux de saucisses type strasbourg, du chorizo, du bœuf, des frites, des œufs durs, des tomates et des oignons, le tout arrosé de sauce piquante. Rien que ça !


Direction ensuite la Paz pour une pause travail. Ce qui tombe à pic puisque le colis tellement attendu de France tarde à venir. Les biens étant de poids (carte de crédit, appareil photo) nous l’attendons avec impatience.