CURITIBA : Quand la gestion urbaine se fait durable


Curitiba, capitale de l'Etat du Parana, est localisée au centre de la région la plus industrialisée d'Amérique du Sud. Avec 1,8 million d’habitants, Curitiba est l’un des grands centres urbains du Sud brésilien, relativement plus riche que le Nord.

Cette ville, née au XVIIème siècle et qui s'est illustrée en 1992 par le titre de capitale écologique du Brésil, fait partie des meilleurs pratiques de développement durable.

 

Primée par l'ONU en 1990, "La ville des gens" (A Cidade da Gente), montre comment aborder le développement durable en milieu urbain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

Les transports publics


La clé du modèle curitibain, c'est le système de transports publics inscrit dans une vision globale habitat-travail-lieux de vie.

 

 

En 1991, à l'heure où toutes les villes de plus d'un million d'habitants choisirent un métro très coûteux et destructeur, Curitiba opta pour un système de bus 200 fois moins cher que la solution métro, mais où tous les avantages du métro sont repris :
 
- sites propres sur les artères principales.
- temps d'attente limité à 2 minutes.
- bus extra-longs bi-articulés (270 passagers) pilotés par un seul employé.
- facilités pour les moins-valides.
- réseau en étoile interconnecté avec des routes circulaires.
 

 

         

 

       

 

 

La municipalité a tracé les parcours, choisi les véhicules, décidé des tarifs et installé les stations (des arrêts existent aussi dans les favelas). Mais ce sont des sociétés privées qui ont acheté les bus et engagé les chauffeurs.

 

Le reseau est conçu de tel maniere qu’il permet de couvrir toutes la ville. Il est consituté de plusieurs types de bus, différenciés par des codes couleurs :

 

 

Les Vermelhos (bus rouge), les Expressos (bus express), Articulados (bus articulés) et Biarticulados (bus biarticulés) qui traversent la ville du nord au sud, Le Leste-Oeste (Est-Ouest) et Boqueirão couvrent la ville dans toutes les directions. Des bus blancs couvrent le centre ville de manière circulaire. D’autres lieux d’importance sont reliés entre eux par les Interbairros (bus inter-quartiers).
 
En tout ce sont 2100 bus qui couvrent la ville: 1500 dans le perimeter urbain et 600 qui intégrent la périphérie.
 

 

 

Résultat: 2 millions de passagers transportés par jour (80 % des déplacements sont effectués en bus malgré que 28 % des usagers des bus possèdent leur propre voiture), fluidite du trafic, faible taux de pollution… Cela sans investissements publics ni subventions.

 
Le ticket a le même «tarif social» quelle que soit la distance, pour ne pas défavoriser les habitants des banlieux. Et sur les deux millions de passagers, près de la moitié sont exonérés du prix du ticket (les personnes de plus de 60 ans et celles ayant des problèmes de santé).
 
De plus, pour assurer le développement des banlieues, une «Ligne de l'emploi» de 34 km ceinture la ville. On y trouve des «pépinières d'entreprises», locaux équipés où viennent se former des petits patrons pendant un an : mécanique, textile, électricité, tourisme...

 

 

Parallèlement au transport public, Curitiba a réalisé de nombreuses zones piétonnes (la première au monde en 1973) en centre-ville et a astucieusement equipé le sol de pavés spécifiques qui permettent de guider les personnes aveugles (stris positionnés différemment selon où on se situe…).

 

Il y a en outre plus de 200 kms de pistes cyclables.

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

Le recyclage


Curitiba se distingue également par le recyclage des ordures ménagères. Chaque foyer et chaque lieu public est équipé de poubelles différenciées.

 
En 1989, sont lancés les programmes "Lixo que não é Lixo" (les déchets ne sont pas des déchets) et "Cambio verde" (échange vert). La municipalité récompense toute personne qui lui apporte des ordures où la fraction organique a été séparée du reste des déchets. Deux fois par semaine, des camions sillonnent la ville et réceptionnent les paquets de papier, de verre ou de plastique préparés par les habitants.
En échange de 4 kg d'ordures triées, on peut recevoir un kg de légumes frais ou encore un ticket de bus.
 

Les déchets organiques sont compostés pour les plantations de la ville. Les autres déchets sont triés dans 16 centres de tri et seulement ce qui n'est pas recyclable sera alors enfoui.

 

 

 

Le recyclage et la lutte contre le gaspillage transparaît dans toute la politique curitibaine :

 

Les anciens bus sont affectés à des programmes éducatifs et culturels comme salles de classe ou bibliothèques.
L'opéra de Arame (1992, 2400 places) et l'Universidade Livre do Meio Ambiente (1991) ont été construits dans d'anciennes carrières.
 

 

Des pavillons de cette Université de l'Environnement ont été construits avec d'anciens poteaux de téléphone comme structure.

 

 

 

 

 

 

Les espaces verts


L'orgueil de la ville, c'est d'offrir 55 m2 de verdure par habitant (1 arbre pour 3 hbts). Les parcs ont été gagnés sur des décharges ou des carrières abandonnées.

 

 

Les différents groupes «ethniques» de la ville ont été chargés de les aménager selon leurs souhaits: église ukrainienne en bois, sombre forêt bavaroise, havre de paix japonais au milieux des gratte-ciel, promenade italienne...

Quant aux lacs artificiels, ils servent à retenir les inondations.

 

 

 

 

Avancées sociales


 
Les phares du savoir
Dans chaque quartier, les Faros do saber, bibliothèques en forme de phare, mettent livres, vidéos et internet à disposition du public (une grande partie a été donnée par la population) ; et dans la tourelle, un gardien veille à la sécurité du voisinage. Elles sont ouvertes jusqu’à 21 heures et leur accès est gratuit.


Les rues de la citoyenneté

Les va-et-vient entre centre et périphérie sont aussi réduits grâce à la «Rue de la citoyenneté». Au nombre de sept, elles regroupent des services administratifs et sociaux décentralisés, des commerces et des salles polyvalentes pour activités culturelles et sportives. Ces longues allées d'immeubles sur deux étages, entourées d’immenses tubes jaunes, permettent de répondre à la plupart des nécessités: papiers d'identité, demande d'emploi ou de logement, rencontre, magasin populaire, assistance sociale, cours de musique, halle de sport. On y trouve aussi les magasins familiaux où les familles aux revenus modestes peuvent acheter les denrées de première nécessité au prix coûtant. Ces "rues" sont entièrement gérées par les associations de quartier.

Les centres de santé 24h
Ils sont également gérés par les associations de quartiers. On peut y consulter gratuitement 2 généralistes, 2 pédiatres, 1 gynécologue et 1 dentiste. Ils sont ouverts 24 h sur 24 et les patients peuvent y être reçus pour de courtes hospitalisations (inférieures à 24 h.).

 

 

 

Derrière l’identité écocitoyenne de Curitiba, il y a le travail acharné d'un maire, Jaime Lerner. Il a aujourd’hui quitté le pouvoir mais il reste le grand metteur en scène de ce rêve urbain.

Architecte et urbaniste, il a été nommé maire de Curitiba en 1971 par le gouvernement militaire de l'époque. Depuis, il a été élu au même poste deux fois et aura gouverné Curitiba pendant 12 ans.

 

Jaimes Leiner s’est entouré d’une équipe interdisciplinaire (urbanistes, ingénieurs, sociologues …) et creative. Ils ont ainsi démontré qu’en combinant humanisme et stratégie, éthique et ruse, il était possible de solutionner des problèmes que le manque d’argent ne permettait pas de résoudre.

 

 
La ville de Curitiba sert aujourd’hui d’exemple a beaucoup de cités du Nord qui souhaitent mettre en oeuvre un développement urbain durable.

 

 

 
Pour en savoir plus:

Le centre de planification urbaine: Instituto de Pesquisa e Planejamento Urbano de Curitiba (IPPUC)
http://www.ippuc.org.br/