Fedecocagua et le commerce équitable : rémunérer à un juste prix le travail des producteurs des pays du sud



Aujourd’hui c’est un portrait d’écocitoyen un peu particulier que nous vous proposons. Ce n’est pas une personne qui est mise à l’honneur mais plutôt des personnes : eux, vous, nous.
En effet lorsque l’on parle de commerce équitable c’est toute une chaîne qui le construit, dont chaque maillon représente une, des personnes qui oeuvrent pour établir un monde meilleur :

-  Les producteurs qui cultivent leur café utilisant leur savoir-faire et le respect de la terre,
- Les exportateurs, importateurs, torréfacteurs qui, en choisissant la filière commerce équitable, garantissent une juste rétribution aux producteurs,
- Et enfin, vous, nous  les acheteurs de café (ou autres produits) qui choisissons d’être consomm’acteur plutôt que simple consommateur.

Nous tenons à préciser que nous parlons ici de la filière du café mais qu’à peu de chose près, cela vaut également pour beaucoup de produits venant de l’exportation de pays du Sud, comme le thé, le coton, les bananes, le sucre de canne…

 

Le Guatemala est le 6ème producteur de café dans le monde et fait vivre un quart des Guatémaltèques. Il est donc aisé de comprendre que la culture caféière a un impact réel sur l’économie du pays et sur la population, principalement les indigènes. Beaucoup de Guatémaltèques possèdent leur petite parcelle de terre sur laquelle ils cultivent le café, qui bénéficie de condition climatique idéale pour fournir un produit de qualité.


Comment fonctionne le marché du café ?


Au-delà du Guatemala, le marché du café fait vivre (survivre ?) 125 millions de personnes dans le monde. Le café est principalement un produit d’exportation pour les pays du Nord (environ 115 millions de sacs consommés pour un an), et très peu consommé dans les pays où il est produit (environ 30 millions de sacs pour un an).

Il est souvent difficile pour les petits producteurs Guatémaltèques et d’ailleurs de trouver leur place dans ce qui constitue le deuxième marché mondial d’exportation, après le pétrole.

Parler de la filière du café implique généralement de parler économie et cours de la bourse. Comme pour tous produits vendus à grande échelle, sa vente est régie par la loi de l’offre et la demande.


Pour faire simple, les prix de la vente du café sont fixés par la bourse, bien loin des champs de café, et fluctuent en fonction de la demande des acheteurs et du nombre de tonnes de café disponible à la vente. Si par exemple il y a beaucoup d’acheteurs et peu de café, les producteurs pourront vendre leur café plus cher mais s’il y a peu d’acheteurs ou beaucoup de café, les prix de vente seront plus bas.

 

Dans la réalité, ce sont bien souvent les acheteurs qui détiennent le pouvoir et tirent donc les prix vers le bas afin de vendre le café à un bon prix tout en se faisant une marge confortable. Il faut savoir que, malgré le nombre quasi infini de marques sur le marché, seulement 5 grands importateurs-torrefacteurs (Nestlé, Philip Morris, Jacobs-Suchard…) possèdent 70%  du marché mondial du café, leur laissant loisir d’imposer leur prix.

Dans ces conditions les producteurs vivent complètement en dépendance des fluctuations financières et ne savent pas si l’année suivante ils pourront avoir une bonne rémunération pour le travail qu’ils fournissent.
C’est pour leur permettre d’avoir un salaire honnête par rapport à leur travail et pour leur donner plus de sécurité quant à leur avenir que le commerce équitable c’est mis en place.

 


La filière du café équitable Guatémaltèque


Remontons la filière café, des plantations guatémaltèques au petit noir que vous prenez plaisir à déguster. Avant d’arriver dans notre tasse il en fait du chemin.

Voilà donc le travail effectué par les producteurs Guatémaltèques pour nous fournir un café de qualité :

- Prendre soin des plants de café qui poussent en altitude, dans des coins souvent difficiles d’accès
- Récolter les cerises de café lorsqu’elles sont arrivées à maturation. Souvent cela se fait en famille, avec la participation des enfants, la période de récolte correspondant aux vacances scolaires
- Arrivées à la coopérative, les cerises sont triées selon la qualité,
- Lavage et depulpage pour extraire le grain de café qui se trouve à l’intérieur de la cerise (la pulpe est conservé pour faire du terreau qui viendra enrichir la terre pour les productions vivrières tel le maïs et le frijole),
- Le séchage à l’air libre, étalé sur de grandes terrasses ou, pour ceux qui ont les machines, le séchage en séchoir qui permet un gain de temps considérable.
- Le tri et la mise en sac des grains


La fédération de coopératives de café Fedecocagua


La fédération passe dans chaque coopérative afin de récupérer les sacs de café. Arrivé sur place le café subit de nouveau un long processus avant d’être prêt pour l’exportation :
- Test de la qualité du café et notamment son taux d’humidité
- Tri des grains à la main et avec des machines spéciales (par taille, par couleur, qualité)
- Séparation de la carapace et du grain de café à la machine. La carapace est gardé et réutilisée en tant que combustible.
- Des goûteurs torréfient du café en petites quantités afin de déterminer sa qualité et quel grain peut être mélangé à tel autre.
- Mise en sac du café
- L’exportateur passe ensuite prendre les sacs de café pour les emmener au port où des bateaux vont les acheminer jusqu’en Europe.
- L’importateur-torréfacteur prend alors le relais.

Le café va ainsi être torréfié (grillé), mis en sac et acheminé aux magasins où il va être stocké avant d’être vendu.


Depuis plus de 35 ans, le but de FEDECOCAGUA est de garantir aux petits producteurs de café un juste prix pour leur travail et ainsi assurer une existence digne aux producteurs et à leurs familles.

Pour les producteurs, l’important n’est pas d’avoir une certification commerce équitable mais d’avoir une juste rémunération pour leur travail afin de pouvoir manger, se loger, envoyer les enfants à l’école…
Fedecocagua leur explique donc l’importance de la démarche commerce équitable pour eux et les attentes des acheteurs et consommateurs (protection de l’environnement, qualité du café…).
Pour cela des agronomes de Fedecocagua  les accompagnent dans le processus de certification et leur permettent de s’insérer dans le marché et les appuient en les aidant à améliorer le produit à chaque moment de la production.

Actuellement, 158 coopératives de tout le pays font partie de fedecocagua. Cela représente plus de 20 000 petits producteurs, en majorité des indigènes descendants du peuple maya. En tout ce sont donc plus de 100 000 personnes qui vivent grâce aux ventes de café via la fédération Fedecocagua.

 

 

 

Les bénéfices d’un commerce équitable entre les mains des consommateurs


Grâce à la vente d’une partie de leur production en commerce équitable les producteurs Guatémaltèques ont pu améliorer leur quotidien. Une coopérative a pu par exemple ouvrir une pharmacie et une petite clinique, une autre a pu construire un nouveau patio pour sécher le café et installer une clôture autour des patios pour les protéger des fréquents vols. Une autre coopérative a investi dans un système de gestion écologique de la pulpe et des eaux mucilagineuses…


Hélas le commerce équitable représente encore une part trop marginale du commerce international pour que ces investissements communautaires se multiplient.

Certains consommateurs rebutent encore à payer quelques centimes plus cher un café de qualité. Pourtant il faut comprendre que si l’on trouve du café à bas prix, c’est que cette diminution du coût se fait au détriment du producteur. En effet, le café du marché traditionnelle subit le même processus que le café commerce équitable. Le travail pour les producteurs est le même. Mais leur rémunération est bien faible par rapport au travail fournit. Et pour quoi ? Pour que nous puissions économiser quelques centimes qui, pour la grande majorité d’entre nous, consommateurs du Nord, ne représentent pas grand-chose…alors que pour les producteurs du Sud, cela représente beaucoup !

Il s’agit donc là, pour nous consommateur, de faire un choix éthique, de réaliser notre responsabilité dans les types d’échanges commerciaux qui se font entre le Nord et le Sud et le pouvoir que nous détenons en tant que consommateur : si nous n’achetons pas, le vendeur changera pour se plier à ce que le consommateur veut. Alors, nous qui luttons pour avoir des salaires justes, ne faisons pas l’erreur d’acheter des produits qui ne donnent pas cette juste rétribution pour le travail des producteurs.


Enfin il ne faut pas oublier que l’objectif du commerce équitable et de toutes ces organisations qui y oeuvrent n’est pas de créer un nouveau type pérenne de commerce parallèle mais bel et bien de réformer le système commercial tel qu’il existe dans le monde aujourd’hui. Une grande ambition qui ne pourra pas atteindre son but sans nous, consommateur et avant tout citoyen.