Matéo et Volontaire Petén : Quand le tourisme solidaire permet à tout un village d’améliorer son quotidien


 

Voilà 6 ans que Matéo, alors âgé de 26 ans, a décidé de quitter son pays natal, les USA, et son métier de gestionnaire forestier, afin de s’installer au Guatemala. Il avait déjà eu l’occasion d’y travailler avec une importante ONG Américaine, mais était ressorti extrêmement déçu de la capacité d’action de ces grosses structures.


Il a donc décidé de s’installer dans ce pays, à San Andrès dans la région du Petén, et mettre ses économies dans la création d’un parc naturel. Son idée était de recréer un espace naturel où les habitants puissent venir se balader, cueillir des plantes médicinales… Une fois la parcelle de terrain de 90 hectares achetée il a fallu reboiser. Pour le soutenir dans cette tache, il a décidé de faire appel aux touristes venant dans les environs, attirés par la présence du site Maya Tikal.


Il a commencé à distribuer des plaquettes dans les hôtels et autres endroits touristiques afin de proposer aux jeunes de venir lui donner un coup de main. Moyennant 30 dollars par semaine les touristes étaient hébergés et nourris en échange de quoi ils aidaient dans la création de ce parc. Autant vous dire que les premières années ont été très difficiles ; Matéo a même dû retourner dans son pays pour travailler et renflouer son capital. Il en a profité pour légaliser son activité. L’association Volontaires Petén est né et les volontaires ont commencé à affluer.

 

 

 

Le programme de tourisme solidaire


Ne pouvant plus héberger tous les bénévoles chez lui, Matéo a décidé de solliciter des familles des environs pour les loger, moyennant une rétribution. Aujourd’hui 20 familles accueillent des jeunes de tout horizon. 140 personnes ont ainsi été accueillies en 2007.

Pour environ 14 euros par jour les volontaires sont nourris et logés dans une famille et bénéficient de 20 heures de cours d’espagnol. Durant leur séjour, ils participent à l’entretien du parc, font du soutien scolaire, donnent des cours d’anglais et peuvent mettre en place divers projets. Ils bénéficient également de temps libre pour visiter la région.

 

 


Le parc écologique et la sensibilisation à l’environnement


Grâce à tous les volontaires venus donner un coup de main pour quelques jours, quelques semaines, le parc écologique « nueva juventud» s’est formidablement développé et compte un sentier de randonnée, une mare pour faire venir la faune (on peut y trouver des crocodiles, des tortues…), un jardin aux papillons, un musée sur l’histoire naturelle, des parcelles agricoles en culture biologique, une nurserie forestière pour la reforestation qui se poursuit et un jardin de plantes médicinales où la population peut venir se servir gracieusement et trouver des fiches explicatives sur les vertus thérapeutiques des différentes plantes.  

 

 

         



Matéo a fait don de ce parc à tout le village. Ainsi tous les villageois peuvent venir librement, ce qu’ils font volontiers bien qu’au début les habitants avaient des difficultés à comprendre le concept de bien public, celui-ci étant trop peu présent au Guatemala.

Un autre volet du projet de Volontaires Petén concerne la sensibilisation à l’environnement des jeunes. Et pour faire adhérer les deux écoles du village et les faire venir au parc, Matéo et les volontaires ont entamé gratuitement des travaux dans les établissements scolaires aux locaux vétustes. La contrepartie est donc une visite de deux heures au parc avec tout un cours sur l’écologie et la protection de l’environnement. Des activités sont aussi proposées aux jeunes telles l’adoption ou la plantation d’arbres, des ateliers recyclage, l’identification des oiseaux, apprendre à faire des cartes…

 

 

         

 

 


L’éducation des jeunes de San Andrès


Depuis quelques années il est également professeur bénévole dans une des écoles du village pour les jeunes de 14-16 ans. Il faut savoir que le système éducatif Guatémaltèque est très archaïque et la qualité de l’enseignement dépend pleinement de la volonté du professeur, souvent à la hauteur du salaire, c’est-à-dire très basse ! Si le professeur ne veut pas venir travailler ce n’est un problème pour personne, si un jeune ne veut pas aller à l’école, idem. Matéo essaie donc d’intéresser les jeunes aux apprentissages et il s’y investit pleinement. Lorsque nous croisons un jeune dans la rue qui travaille dans un bus (à crier les destinations par la fenêtre et récolter le prix du billet auprès des passagers) Matéo n’hésite pas à lui demander quand est ce qu’il compte revenir à l’école.

Il va à l’école tous les après-midi pour donner des cours de géographie, d’anglais… Son objectif est de faire prendre conscience aux élèves du monde qui les entoure et de leur donner les connaissances pour le comprendre.  Important quand on sait qu’à son arrivée, aucun élève ne savait situer son pays sur une carte ni même nommer les pays voisins.

 

 


La création d’une bibliothèque publique


Depuis moins d’un an, à la force des bras de Matéo et des volontaires, une bibliothèque a été construite. Nous nous attendions à voir un bâtiment très modeste avec quelques livres lus par une poignée d’élèves, les plus studieux. Nous avons été vite démentis ! Lorsque nous arrivons dans ce superbe bâtiment flambant neuf nous découvrons une salle remplie de livres, grouillante de jeunes qui vont et viennent au comptoir pour trouver tel ou tel livre. Cela respire la soif d’apprendre !

 

 

    

 


La majorité des livres ont été récoltés à droite et à gauche ou bien donnés par des volontaires. Durant les heures d’ouverture (de 19h à 22h) du soutien scolaire est proposé aux jeunes. Et c’est un véritable succès, Matéo devant même mettre dehors les derniers irréductibles qui souhaiteraient rester au-delà de la fermeture!

 


La création d’une école secondaire publique


Le dernier projet en date de Matéo est la construction d’une école secondaire pour les jeunes de 17-19 ans, le village n’en possédant pas. Avec 190 000 quetzals (un peu plus de 16 000 euros) les adolescents des environs pourront avoir un établissement qui leur permette de continuer leurs études au-delà du primaire (l’équivalent du collège pour nous) et obtenir un diplôme. Comme quoi, c’est incroyable ce qu’on peut faire avec peu d’argent mais beaucoup de volonté !


De son idée de départ de créer un parc naturel, Matéo a fini par faire bien plus pour la communauté de San Andrès. Petit à petit Matéo s’est fait sa place au milieu des villageois, dont il fait pleinement partie maintenant. Il suffit de faire quelque pas dans la rue pour s’en convaincre. Sourires, bonjours, mains tendues, tous le connaissent et l’apprécient.

 

 

     



Pour les familles qui reçoivent les volontaires chez elles, cette source de revenu leur permet de subvenir plus aisément à leur besoin. Et tout le monde, hôtes et familles d’accueil, est ravi de cet échange culturel. Pour les volontaires cela permet de s’immerger plus facilement dans la culture et le mode de vie des habitants. Pour les familles c’est l’occasion de voyager à travers les récits des hôtes mais également se faire des amis tout autour du monde. Nous l’avons testé et nous pouvons vous garantir qu’on repart de San Andrès le cœur et l’énergie regonflés par un partage si riche !


En 6 ans, l’association a su se développer et aujourd’hui 4 salariés travaillent activement aux différents projets, en complément des volontaires. Une employée s’occupe du jardin des plantes médicinales. 3 autres personnes gèrent le musée, l’entretien du parc...
Et tout le fonctionnement de l’association et les différents projets sont financés grâce au prix que les volontaires paient pour passer des vacances utiles, les familles reversant 40% de la somme perçu à l’association.

De toutes ses initiatives menées à terme, Matéo n’en retire aucune gloire ou satisfaction personnelle. Pour lui tout se fait naturellement, sans se poser de question, « pas besoin de parler des heures sur ce qu’il faudrait faire, l’homme sait être créatif et efficace il suffit donc simplement qu’il se mette au travail et commence à faire, c’est tout ».

Et il nous démontre que c’est possible. Il abat même le travail de plusieurs hommes en une seule journée : le matin, il est sur le chantier à bâtir la future école avec les volontaires, l’après-midi, il donne les cours à l’école primaire et le soir, il assure la permanence à la bibliothèque ! Toute son énergie est tournée vers la population de ce petit village guatémaltèque, essayant par sa participation de rééquilibrer les cruelles différences qu’il a constaté entre leur condition de vie et celles de ses concitoyens américains et plus largement des citoyens du nord du monde.

 

 

« Penser petit pour faire grand »
Matéo
http://www.volunteerpeten.com