Bio Itza et Reginaldo Chayax Huex : La lutte pour la sauvegarde du patrimoine Itza


 

L’association Bio-Itza, créée en 1997,   est un regroupement de la communauté des Itzas du Petén qui ont pour volonté de conserver leur patrimoine culturel et naturel. La communauté Itza, descendant des Mayas, se trouve sur les terres du Petén depuis le XIIe siècle, époque où ils ont quitté Chichen Itza, site Maya de la péninsule du Yucatan au Mexique.


Puis, après près de 200 ans de résistance, la colonisation a eu raison de leur indépendance. À alors commencé le processus d’extinction de leur culture, incluant leur langue et leur tradition. C’est avec ferveur que les Itzas ont pourtant continué à faire vivre leurs célébrations traditionnelles Mayas, à se diffuser leurs connaissances des plantes médicinales et transmettre oralement leur langue.

Afin de renforcer leur action, en1991, 45 familles indigènes, Reginaldo Chayax Huex en tête, décident de se regrouper afin de trouver une solution pour continuer à sauvegarder leur tradition et leur relation à la nature.

De cette réunion entre voisins naît une structure organisée qui a pour objectif de développer des projets en lien avec ces objectifs de conservation et d’amélioration des conditions socioéconomiques de la population. Ainsi est né la réserve communautaire Bio-Itza et l’accueil écotouristique comme source de revenu.


La réserve communautaire Bio Itza


Après avoir bataillé auprès de la municipalité qui souhaitait urbaniser l’espace, l’association a réussi à obtenir la gérance d’un terrain de 3600 hectares composé de bosquets naturels et de sites mayas.
Il s’agit de l’unique réserve communautaire indigène au Guatemala.
Engageant toute la communauté, sa gestion se veut respectueuse des ressources naturelles, laissant de côté toute pensée de destruction pour se concentrer sur ce qui est présent et comment faire avec, recherchant des alternatives pour cultiver en harmonie avec l’environnement.

   

 

Puis un groupe de femmes Itza s’est formé, dont l’objectif est de recueillir et documenter les connaissances ethnobotaniques originelles afin d’en assurer leur conservation et leur promotion à travers l’utilisation des plantes médicinales.
Un jardin de plantes médicinales, une aire de production ainsi qu’un sentier d’interprétation ont été crée à l’intérieur de la réserve. Ces femmes réalisent shampoings, savons, crèmes de soins, pastilles, teintures et tisanes afin de vendre leur production aux alentours et aux touristes de passage.

 

   


De toutes ces connaissances ancestrales accumulées est né un centre de documentation où les membres de la communauté, et toute personne intéressée, peut venir y puiser des informations.

Également, afin de conserver la langue Quiché, 5 anciens du village qui maîtrisent encore la langue orale ont accepté de perpétuer leur connaissance en participant à la rédaction d’un dictionnaire de cette langue, mené par un linguiste Français. Débuté il y a 6 ans, ce recueil est sur le point de s’achever. La diffusion de ces connaissances est ensuite transmise aux habitants du village, notamment les enfants, bien qu’avec eux cela soit plus difficile car ils s’y intéressent peu. C’est pourtant vers eux que se tourne l’association, consciente que sans eux, la langue est voué à sa perte.


Le groupe de jeunes de la communauté Ya’ax Pal


L’association a lancé le projet communautaire Ya’ax Pal (Les jeunes verts en langue maya itza) afin de donner corps à leur objectif de transmettre leurs savoirs aux futures générations et de les impliquer dans les activités de conservation de la nature et de sauvegarde de la culture.

En plus des rencontres organisées pour diffuser la langue, les jeunes de 15 à 25 ans de San José et des villages adjacents sont invités à participer aux activités de gestion de la réserve, à la construction de sentiers. Des jours de nettoyage de la nature sont également organisés ainsi que des programmes d’éducation à l’environnement.


Le projet écotouristique et l’école d’espagnol


Afin de trouver une source financière à leur projet, l’association s’est rapidement tourné vers l’écotourisme.
Tout en partageant le quotidien d’une famille qui les héberge, les touristes se voient proposés des activités de découvertes de la faune locale, des sites archéologiques ou tout simplement de l’environnement. Ils peuvent également s’investir au sein du jardin des plantes médicinales et de la gestion de la réserve.

Également, une école a été ouverte où des cours d’espagnol sont proposés aux nombreux étudiants, notamment Américains, qui viennent au Guatemala durant leurs vacances afin d’apprendre la langue.


Outre le soutien financier apporté par l’écotourisme, l’association Bio Itza compte parmi ses partenaires la municipalité de San José, le ministère de l’environnement, des associations gouvernementales et non gouvernementales de la région et la banque mondiale.
Aujourd’hui 16 salariés font vivre l’association dont 8 qui s’occupent de gérer la réserve et un professeur  qui enseigne l’espagnol aux volontaires.


Reginaldo est aujourd’hui fier de voir tout ce qui a été mis en place pour la préservation sa culture d’origine. Cela n’a pas été facile d’en arriver là et ce fils de cultivateur de chicle a même dû retourner sur les bancs de l’école afin de créer cette association puisqu’au Guatemala il n’est pas possible de déposer des statuts sans justifier d’un diplôme.
Pourtant, même sans diplôme, Reginaldo possédait déjà un grand nombre de connaissances en grandes parties transmises par sa grand-mère ; un savoir inestimable qu’il ne veut pas voir mourir avec lui et les derniers ancêtres de la civilisation Mayas Itza.


« Nous, les Mayas Itzas, sommes fiers de nos ancêtres qui vivaient de la terre des Itzas et voulons perpétuer leur savoir aux futures générations »
Communautés des indigènes Itza du Petén.
http://www.ecobioitza.org