Un accès à la terre inégal qui reflète les discriminations
En Inde, plus de 70% des habitants ne possèdent pas de terre et 50 millions de personnes ont été, et le sont encore, déplacées. Ce sont principalement les populations tribales, les Adivasis qui sont touchés.
Les conséquences en sont la migration vers les villes, ou plutôt les bidonvilles, la nomadisation de milliers de familles, l’extrême pauvreté, la malnutrition, la violence...Sans parler de la perte de dignité et d'identité qui s’est traduite par une forte augmentation du taux de suicide des paysans ces deux dernières décennies.
Loin de résoudre ces problèmes, l’Inde prend le chemin opposé en bradant ses ressources naturelles qui reviennent ainsi à une poignée de privilégiés, de multinationales qui n'ont d'autres objectifs qu'en tirer profit. Résultat, les Adivasis sont expulsés de leurs terres pour favoriser l’expansion de l’industrialisation, voir même au nom de la protection de l’environnement et la création de réserve naturelle dont les projets n’incluent pas les populations tribales, qui vivent justement (en harmonie) de cet environnement.
Ekta Parishad lutte pour un accès à la terre plus démocratique
Ekta Parishad (qui signifie forum de l’unité) est un mouvement qui s’est fixé comme objectif de venir en aide aux paysans sans terre Indiens, exclus de la société et maltraités depuis l'indépendance du subcontinent asiatique.
L’organisation demande donc au gouvernement de revoir sa politique agraire et de redistribuer les terres aux paysans. Loin d’affaiblir la force économique du pays, cette redistribution pourrait permettre d’augmenter les productions agricoles comme cela a été le cas en Chine ou 44% des terres ont été redistribuées avec pour conséquence une augmentation significative de la production.
La redistribution des terres serait donc une nouvelle réponse pour parvenir à l’autosuffisance agro-alimentaire tout en tournant le dos à la Révolution Verte des années 60 qui a consisté a utiliser des semences à haut rendement, des engrais chimiques et pesticides, contribuant ainsi à polluer les nappes phréatiques, appauvrir les sols et endetter encore plus les paysans.
La conviction d’Ekta Parishad est que le peuple est souverain et que chacun peut changer le cours des choses par ses efforts individuels. Pour cela l’association mobilise et accompagne les ruraux défavorisés afin qu'ils puissent s’organiser et renforcer leurs capacités.
EP veut croire en une modernité capable de réduire les souffrances des peuples plutôt que de favoriser leur exclusion au profit du confort d’une poignée d’individus privilégiés.
Un mouvement qui sait rassembler
À l’origine de ce mouvement fondé en 1990, un homme : Rajagopal. Véritable leader charismatique il se voit plutôt à la tête d’une grande famille qui se sert les coudes face à l’adversité.
Ramesh Sharma, la trentaine passée, fait partie de cette grande famille depuis plus de 4 ans et participe à ce mouvement qui vise à redonner une identité citoyenne a tous ces oubliés du modernisme indien. Il est coordinateur des campagnes.
Ekta Parishad c'est plus de 200 000 membres de toute origine, 400 employés à plein-temps et une implantation dans plusieurs milliers de villages Indiens. Cette présence aux côtés des populations marginales mobilise ainsi les ruraux d’une grande partie du pays. Environ 300 institutions supportent aussi le mouvement.
La force d’Ekta Parishad est également d'avoir réussi à dépasser les frontières et à rallier les voix internationales à sa cause, gage d’une plus grande influence nationale.
Aujourd'hui Ekta Parishad existe en Europe et a ainsi élargi sa lutte pour apporter un soutien moral, politique et financier aux mouvements sociaux qui aident les plus démunis à accéder à leurs ressources vitales comme l’eau, la terre et la forêt. En France, Frères des Hommes est au côté d'Ekta Parishad depuis ses origines et a rapidement été rejoint par Peuples Solidaires et Réseau solidarité.
Les objectifs d’Ekta Parishad
- Obtenir l’application d’une réforme agraire et d’un système d’accès et de gestion raisonnée des ressources naturelles.
- Concentrer les efforts de l’Etat vers une utilisation des terres créant équité et justice au sein de la société.
- Acquérir des terres pour les redistribuer aux gens démunis et aux personnes qui ont été dépossédées.
- Donner priorité aux logements des plus démunis en ce qui concerne l’occupation des terres non agricoles.
- Identifier sérieusement les risques économiques pour les populations locales avant tout projet industriel ou tout projet de développement.
- Obtenir des compensations financières ou en nature pour les familles déplacées, dû à l’acquisition de terres par l’Etat au nom de l’intérêt public.
- Résoudre juridiquement des litiges sur l’accès à la terre (100 000 plaintes en préparation).
Janadesh : Vers une affirmation de la citoyenneté des populations marginalisées Indiennes
Pour atteindre ses objectifs, Ekta Parishad a choisi la désobéissance civile par la non-violence, la « Satyâgraha », héritage du Mahatma Gandhi qui a prouvé qu'il était possible de lutter contre des géants de manière pacifique et arriver à ses fins.
Le point fort de leur lutte ? La marche... Et ça marche !
Janadesh est un mot hindi qui signifie « le verdict du peuple ». C’est le nom choisi pour la campagne nationale.
Il s’agit d’une marche (Padyatra, le chemin de la vérité) qui vise à attirer l’attention du gouvernement et faire pression afin d’obtenir les changements sollicités. Un moyen pacifique de manifester sans utiliser les armes comme cela a été fait par les maoïstes au Népal.
En 2007, le 2 octobre, jour de l'anniversaire de Gandhi, plus de 25 000 hommes et femmes, sans terres, ouvriers agricoles, membres d’organisations de défense des droits de l’homme ont rejoint la capitale après une marche de 250 km, reliant ainsi Gwalior à Delhi par une chaîne humaine en mouvement.
Travailler avec et non contre le gouvernement
Cet incroyable mouvement, la 8e marche depuis la création d’EP, a enfin pu récolter, quelques jours après l'arrivée à Delhi, les fruits de ses efforts en voyant la création d'un « comité national pour la réforme des terres », validé par le gouvernement.
Cette instance, mise en place sous le management du Premier ministre et présidée par le Ministre du Développement Rural, compte 50% de membres issus de la société civile, dont Rajagopal.
Les objectifs de ce comité pour les années à venir seront de mettre en place une politique de reforme agraire en examinant les problèmes relatifs à l’aliénation des terres tribales, incluant notamment les droits traditionnels d'accès aux ressources naturelles dont ces peuples dépendent.
Fort de ce succès, Ekta Parishad reste cependant vigilant et a promis que, sans amélioration significative d’ici 2009, la désobéissance civile pacifique reprendrait.
Preuve que les mobilisations individuelles et collectives peut contribuer à changer les choses !
La résistance passive est un droit moral. L'abandonner, c'est perdre le respect de soi-même et son intégrité.
Gandhi
En nous mobilisant tous, chacun à son niveau, nous pourrons parvenir à un monde plus juste et harmonieux !
Rajagopal Puthan Veetil
Ekta Parishad
http://www.ektaparishad.org
http://www.janadesh.net
http://www.french.janadesh.net