Le mouvement Educatif et Culturel des Etudiants du Ladakh (Students' Educational and Cultural Movement of Ladakh -SECMOL-) a été fondé en 1988 par un groupe de jeunes Ladakhis.
À l’origine ce mouvement avait pour objectif de reformer le système éducatif du Ladakh. Aujourd'hui il va bien plus loin.
Partons ensemble pour un petit tour d'horizon d'un mouvement qui va jusqu'au bout de ses convictions.
Opération Nouvel Espoir : Changer le système éducatif du Ladakh
Dans les années 1980-1990, les principaux problèmes éducatifs étaient :
- Un taux d’échec de 95% aux examens
- Une inadaptation du langage utilisé dans les livres et lors des examens.
- La majorité des enseignants ne bénéficiait pas de formation, étant eux-mêmes diplômés des écoles Ladakhis et ensuite élus a des postes d'enseignants sans formation préalable.
- La participation de la communauté était réduite au strict minimum. Les parents ne savaient pas quand avaient lieu les cours, ne connaissaient pas leur droit à réclamer des locaux et un enseignement de qualité. S'en suivaient des conflits entre parents et enseignants, dû principalement a un manque de communication.
En 1994, SECMOL a mis en place un mouvement - Opération Nouvel Espoir - pour améliorer l'éducation dans le district de Leh en collaboration avec le département de l'éducation, le gouvernement local, les membres de la communauté des villages alentour et les associations locales.
Aujourd'hui tous les enseignants reçoivent une formation pour approcher l'éducation d'une manière créative et ludique. Plus de 700 enseignants ont ainsi été formés. Les livres ont été adaptés à la culture et au langage Ladakhi et parallèlement, l'anglais est enseigné dès le plus jeune âge.

Les villageois sont aujourd'hui organisés en comités pour améliorer le système et leurs écoles et augmenter le sentiment communautaire.
Le nombre d'étudiants qui passent leur examen avec succès a atteint le chiffre de 50% en 2005, dans le district de Leh.
Aujourd'hui SECMOL initie des reformes similaires dans d'autres districts du Ladakh.
L’ouverture d’un campus entièrement solaire dans un petit village du désert Himalayen
Le campus de Phey a ouvert en 1994. Il accueille environ 40 étudiants en plus du personnel. Ce sont souvent des élèves qui sont en difficulté scolaire ou qui ont été longtemps déscolarisés.
À côté des études, les élèves doivent gérer la vie du campus, organisé de manière démocratique et où ils ont toute leur place dans les prises de décision et la gestion. Les étudiants ont des responsabilités pour entretenir les jardins, maintenir les bâtiments en état, s'occuper des animaux, acheter la nourriture nécessaire, cuisiner, nettoyer...

D'un désert aride, le terrain s'est transformé d'année en année pour aujourd'hui accueillir des animaux (vaches, poulets), des jardins, des arbres... En plus de fournir du lait et des oeufs, les animaux mangent également le surplus de nourriture pour éviter le gaspillage.

En juillet les élèves fabriquent pendant deux jours les confitures et jus d'abricot pour l'année.
Des serres solaires fournissent des légumes même dans le plus froid de l'hiver et les jardins sont entretenus de manière organique.
L'énergie solaire subvient aux besoins électriques.
L'énergie alternative au campus
Le Ladakh est une région très froide d’où une forte demande en chauffage. Le bois est une ressource ancestralement utilisée, mais le manque de précipitations rend cette ressource rare. Cependant, les quelque 300 jours de soleil par an font de cette région une région particulièrement adaptée à l'énergie solaire, comme on l’a vu avec le Geres.
Dès 1994 SECMOL a développé les bâtiments chauffés par le soleil et d'autres formes d'énergie solaire pour rendre le campus de Phey autonome.
Le solaire passif
Les bâtiments de SECMOL sont complètement indépendant des méthodes de chauffage conventionnelles. Ils sont conçus pour absorber la chaleur du soleil et pour la stocker aussi longtemps que possible.
En hiver, des bâches plastiques permettent de faire une grande serre qui fonctionne comme collecteur solaire pour le bâtiment. En été elles sont retirées pour éviter la surchauffe. Cette serre permet de fournir des légumes même au plus fort de l'hiver. Ces 10 dernières années, même lorsque le minimum est tombé en dessous de 25°C, le campus n'a jamais eu besoin de recourir a d'autres méthodes de chauffage et les plantes continuaient de fleurir à l’intérieur !

Les bâtiments sont construits au-dessous du niveau du sol pour tirer bénéfice de la stabilité de la température de la terre en profondeur. La terre enlevée a été utilisée pour la construction des murs. Les briques de terres moulées ont été fabriquées sur place. Sable et argile y sont mélangés afin d'obtenir une matière solide.
Isolation des sols et plafonds
L'isolation est la clef pour maintenir la chaleur collectée pendant le jour. Les chutes de bois utilisée pour la construction sont venues remplir les faux plafonds. Pour le sol, des couches de roches ont été superposées en prenant soin de laisser des poches d'air qui isolent le plancher. Une couche supérieure de gravier et de ciment agit en tant que banque de chaleur. Parfois des ardoises des montagnes voisines sont extraites pour réduire l'utilisation du ciment. Ce genre de plancher absorbe la chaleur excessive pendant le jour et la libère pendant la nuit.
Les panneaux solaires
4 rangées de 16-24 panneaux produisent de l'électricité pour l'éclairage, les ordinateurs et les TV.

Ceux-ci fournissent également l'énergie pour faire fonctionner les pompes qui puisent l'eau de l'Hindus, utilisée pour l'irrigation des champs et des arbres.
Rien ne se développerait ici sans irrigation, l'eau de pluie étant a peine suffisante pour la cuisine et l'hygiène. La puissance est stockée dans 16 batteries solaires qui permettent de restituer l'énergie pendant 3 jours lorsque le temps est trop couvert.
Les cuiseurs solaires
En 1997, deux paraboles solaires, construites sur place, ont été installées afin de cuisiner solaire.
Le chauffe-eau solaire
Un chauffe-eau solaire de 100 litres a été fabriqué à partir de matériau facilement disponible, pour un coût modique (3500 roupies soit 60 euros). Il n'est constitué d'aucun tuyau qui pourrait geler ou casser, ainsi il peut être employé tout l'hiver sans vidange.
Autres points forts du campus
Toutes les toilettes sont des toilettes compost qui fournissent du terreau pour les arbres et les cultivations. Un système de double chambre permet de conserver la matière pendant un an, le temps que cela soit complètement composté.

La consommation est limitée afin de réduire les déchets. Ceux-ci sont tous triés, réutilisés quand c'est possible. Le papier, le verre et le plastique servent à l'isolation des bâtiments. Les déchets non recyclables et non organiques sont enfouis a quelques mètres du campus.
L'entreprise solaire Sheyson
En 2000, fort du savoir-faire acquis en matière de construction, l'école a fondé une association commerciale pour diffuser leur technique du terrassement solaire.
Sheyson construit des bâtiments solaires clés en main pour des propriétés privées, le gouvernement, des ONG, l'armée. Les bénéfices tirés de ces chantiers servent à alimenter l'opération Nouvel Espoir et d'autres initiatives solaires.
Des jeunes des villages sont également formeés au métier d'ingénieur solaire. Ainsi, 4 étudiants ont rejoint le personnel en 2007. Beaucoup de projets ont ainsi abouti dans la région du Ladakh en partenariat avec des ONG locales. Des interventions dans le reste de l'Inde, en Asie centrale, Afghanistan, Pakistan, Népal, Tibet et Mongolie sont en cours d'étude.