Lorsque l’on parle de rastafari, on pense dreadlocks, reggae, ganja… Pourtant ce mouvement représente bien plus que ces clichés. Petit voyage au cœur d’une philosophie de vie méconnue.
Naissance du mouvement
Le prophète Marcus Garvey
Le mouvement rasta prend racine en 1914, lorsque Marcus Garvey, journaliste jamaïcain alors émigré aux USA, fonde l’association pour l’amélioration de la condition du peuple noir (UNIA) et crée la Black Star Line, compagnie maritime dont l’objectif est de rapatrier les Noirs en Afrique. Cette compagnie n’aura connu qu’une durée de vie très courte, Garvey étant emprisonné, soupçonner de malversations financières par le contre-pouvoir blanc américain.
En 1927 il est déporté en Jamaïque où il diffuse le mouvement des Noirs américains qui lutte pour leurs droits et liberté. Il y diffuse également l’idée du rapatriement des noirs en Ethiopie, leur Terre natale. Pour les Rastas, leurs racines sont en Afrique, dont ils ont été arrachés pour être mis en esclavage dans la « Babylone » moderne.
Plus que le pays actuelle Ethiopie, il s’agit d’un retour en terre Africaine. Aux origines le continent Africain s’appelait « Ethiopia », nommé ainsi par les Grecs, vers 600 avant JC, désignant ainsi une terre où l'or était en abondance, ainsi que les épices et toutes sortes de fruits et d'animaux rares : un pays de rêve, « Uthiopia ». Ce n’est que plus tard, avec l’arrivée des Musulmans que le continent a été baptisé « Afrique », « Ethiopia » n’étant pas un mot Hébreux.
Toujours est-il que Marcus Garvey prend donc le pays Ethiopie pour symboliser le retour en Terre promise. Il lance alors une phrase lourde de conséquence pour l’avenir : « Tournez vos yeux vers l'Afrique où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche ».
Le couronnement de Ras Tafari Makonnen
En 1930, Ras Tafari Makonnen (renommé Haïlé Sélassié Ier), descendant direct de Menelik Ier, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, est couronné empereur d’Ethiopie.
Le couronnement du « négus , le roi des rois, seigneur des seigneurs, lion de la tribu de Judas » vient confirmer les paroles de Marcus Garvey qui devient alors un véritable prophète. Sa prophétie est appuyée par des psaumes de la Bible, dans lesquels les Jamaïcains y voient la prédiction du couronnement de l’empereur.
Pourtant Haïlé Sélassié lui-même n'a jamais reconnu le culte rasta envers sa personne, bien qu'il ait montré sa reconnaissance envers les rastas en effectuant un voyage mémorable en Jamaïque en 1966 et en faisant donation d’une terre en Éthiopie, la Shashamane.
Pour les rastas, Hailé Sélassié, tout comme Dieu, ne peut pas mourir. Ils réfutent donc sa mort, en 1975.
Cet empereur aura fait beaucoup pour son pays, le menant sur le chemin de la démocratie, abolissant l’esclavage ou n’hésitant pas à prendre parole devant la Société des Nations pour dénoncer la monté du nazisme et du fascisme. Bob Marley a mis en musique un de ses discours reflétant sa pensée. En voici un extrait :
« …Until the philosophy which holds one race superior and another inferior is finally and permanently discredited and abandoned ; that until they are no longer first and second class citizens of any nation ; that until the color of a man’s skin is of no more importance than the color of his eyes, that until the basic human rights are guaranteed to all without regard to race…until that day the african continent shall know no peace… » War, album Rastaman Vibration
(…Jusqu’à ce que la philosophie qui maintient une race supérieure et une autre inférieure ne soit finalement, et de façon permanente, discréditée et abandonnée ; jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de première et seconde classe de citoyens de n’importe quelle nation ; jusqu’à ce que la couleur de peau d’un homme ne soit pas plus importante que la couleur de ses yeux ; jusqu’à ce que les droits fondamentaux humains ne soient garantis pour tous sans considération de sa race…. Jusqu’à ce jour, le continent africain ne pourra pas connaître la paix… )
Leonard Howell, le premier Rasta
Le Jamaïcain Leonard Howell va continuer d’appuyer la prophétie de Garvey en considérant Sélassié (ou « Jah », de Jéhovah) comme le messie qui les guidera à ZION (prononcé Zayan en anglais), la terre sainte, l’Afrique. En 1940, il fonde la communauté du Pinnacle, où les premiers precepts du mouvement rasta sont mis en place. Cette communauté, comme tous les rastas, a subit les persecutions de la police jusque dans les années 1980.
Les principes du mouvement Rastafari
Tout d’abord, il faut savoir que les « Rastas » rejètent la dénomination « Rastafarisme » du fait de sa terminaison en –isme. Tous les mots en -isme, comme capitalisme, communisme, christianisme…. sont vu comme la manière qu'a « Babylone » de regrouper les gens et d'établir des barrières entre eux, rendant toute communication vaine, et entraînant la méconnaissance et l'intolérance.
Vous l’aurez donc compris, le mouvement rasta est avant tout un mouvement d'émancipation des consciences, de dénonciation des dérives d'un système. Le message rasta est avant tout un message de rupture et de rébellion spirituelle.
Toujours en s'inspirant de la Bible, les rastas pensent que la civilisation occidentale (représenté à travers le terme « Babylone ») a perdu les valeurs fondamentales (la nature, le respect, l'amour de l'autre…) au profit d'une société basée sur l'argent, la réussite personnelle et de plus en plus éloignée de la nature.
Ainsi, de la même façon que Dieu avait détruit la cité de Babylone qui avait péché par excès d'orgueil, les rastas prophétisent la chute du système de Babylone.
Les rastas se reconnaissent dans l’église orthodoxe Ethiopienne.
Les Rastas sont contre la guerre, seul Jah ayant pouvoir de régler les conflits d’une manière juste. Le Rasta ne recherche pas la paix mais l’égalité en droit et en justice et il est prêt à combattre pour y arriver.
Les couleurs des Rastas sont celles de l'Éthiopie impériale (vert pour la richesse de sa nature, or pour les richesses du continent et rouge pour le sang versé par le peuple africain) et leur symbole est le Lion de Judée, reincarnation de Hailé Sélassié. La devise est “One God, one aim, one destiny” (un Dieu, un but, un destin).

Une philosophie de vie au quotidien
- Les Rastas suivent un régime alimentaire spécifique (nommé I-tal qui singnifie “vital”) basé sur la volonté de vivre en harmonie avec la nature, avec Jah. Ils ne mangent pas de viande, pas de boites de conserves. En fait les Rastas ne mangent pas ce qu’ils ne jugent pas naturel. Egalement, ils se nourrissent peu afin de ne pas tomber dans l’excès.
- Ils fument la marijuana dans un but méditatif. L’herbe est en principe fumée avec l’aide du Chalice, pipe de corne de vache ou de chèvre ou bien en bambou ou en bois. Les Rastas ne consomment aucun stupéfiant ( à part la ganja ), ce qui inclut l’alcool et les cigarettes.
- En référence à la Bible, le Rasta ne doit théoriquement pas se couper ni se coiffer les cheveux d’où les fameuses dreadlocks qui apparaissent et symbolisent les racines africaines. Les dreadlocks sont le plus souvent maintenues sous un bonnet, le tams.
- Les Rastas refusent de voter, ne voulant s’affilier à aucun mouvement politique.
- Ils ont inventé un vocabulaire spécifique, reflétant leur facon de voir lemonde. Par exemple :
Overstand au lieu d’Understand, « understand » signifiant littéralement « se tenir en dessous » et donc « se soumettre ».
Inity au lieu de Unity, le pronom « you » marquant l'exclusion. Mais aussi « I » comme « high », élévé, subtil.
Shitstem au lieu de System
I and I au lieu de I (« je » en anglais). Les deux I représentent ainsi le soi commun et le soi divin, en connexion avec Jah. Les Rastas considèrent que chaque personne est un élément faisant partie d’un tout. Dans ce sens, selon eux la moitié de la Bible n’a pas été écrite. Sa suite se trouve dans le cœur de l’Homme et chacun a donc la possibilité, en écoutant son cœur, de reconnaître et écouter le message divin.
La philosophie Rastas véhicule donc l’idée d’unité dans la diversité ; diversité des croyances et des idées. Cette philosophie est mise en avant sur la scène internationale grâce à des organisations telles la EWF (Ethiopian World Federation) ou les «Twelve Tribes of Israel » : Douze Tribus d’Israël.
Mais c’est particulièrement grâce au reggae que le mouvement rasta prend une ampleur internationale.











