Zoom sur… Les biocarburants




Un biocarburant est un carburant produit à partir de matériaux organiques renouvelables et non fossiles.


Rappelons que les énergies  fossiles (pétrole, gaz, charbon, uranium) sont des matériaux que la nature a mis longtemps à produire (décomposition de végétaux et animaux) et qui sont enfouis dans les « entrailles » de la terre, en quantité limitée.

Le CO2 que ces matières organiques originelles contenaient est emprisonné en même temps. Leur transformation et leur usage libèrent donc ce CO2 dans l’atmosphère, contribuant ainsi à l’effet de serre.


Or les plantes comme celles qui sont utilisées pour le biocarburant, grâce à leur photosynthèse, fixe le carbone, ce qui permet de compenser le CO2 émis par les biocarburants durant leur combustion.  Ce rapport absorption rejet permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De plus, durant la combustion, ces carburants verts ne dégagent ni particule ni ozone ni souffre.

 

 



Le développement des biocarburants jusqu’alors soumis à la situation pétrolière



Devenus très « à la mode » ces derniers temps, les biocarburants ne sont pourtant pas nouveaux. Ils datent de la même époque que la naissance de l’industrie automobile.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle et les premières voitures apparaissent.
L’inventeur du moteur à explosion avait prévu de faire fonctionner celui-ci à l’éthanol. Rudolf Diesel, quant à lui, avait prévu que son moteur à combustion fonctionnerait à l’huile d’arachide. Avec l’apparition du pétrole, disponible en abondance et pas cher, les industriels se concentrent plus sur le développement des automobiles avec ce nouveau carburant.
Avec le choc pétrolier de la fin des années 70, les recherches vers les biocarburants reprennent mais sont de nouveau abandonnées fassent à l’amélioration de la situation.


Et nous voilà aujourd’hui face à une nouvelle crise pétrolière qui décide (encore de manière trop frileuse) les gouvernements et les industriels à se pencher de nouveau sur les bienfaits des biocarburants.
Aujourd’hui l’intérêt du développement des biocarburants n’est plus seulement économique mais aussi environnemental.


Et en matière de biocarburant, beaucoup de possibilités sont mises sur pied. Celles-ci sont divisées en différentes catégories (générations) qui désignent chacune des types de matières organiques utilisés pour la fabrication du biocarburant.

 

 



Les filières de première génération



Les principales techniques de production de biocarburant se font à travers deux filières : l’huile et l’alcool.


L’huile : De nombreuses espèces végétales contiennent de l’huile  comme le palmier à huile, le tournesol ou le colza. Pour extraire l’huile contenue dans les plantes, on peut les écraser (pressage) ou utiliser un alcool qui va entraîner une réaction chimique.


L’alcool :  Des plantes comme la canne à sucre, la betterave sucrière, le maïs ou le blé sont utilisés pour en extraire le sucre et le transformer en alcool via la fermentation.



Les biocarburants et la voiture


En ce qui concerne la voiture et les biocarburants, aujourd’hui il existe deux possibilités.
Soit on adapte le biocarburant aux moteurs classiques qui fonctionnent au pétrole (ce qui engendre des transformations nécessaires de la matière première), soit on fabrique de nouveaux moteurs qui sont compatibles avec le biocarburant naturel. Ainsi un moteur peut fonctionner à l’huile végétale pure par exemple.
Pour l’heure, il faut bien avouer que la première possibilité est la plus développée bien que de nouveaux moteurs apparaissent sur les marchés.

Et c’est bien là la meilleure voie, adapter les moteurs des véhicules plutôt que transformer l’huile, transformation qui représente un coût énergétique et écologique.

 



Les limites des solutions de première génération

 
La production de ces biocarburants, si elle est pensée uniquement dans un dessein économique, cache un revers qui pourra avoir de graves conséquences sociales et environnementales.


Vers une mise en péril de la sécurité alimentaire ?

Un des problème avec ces nouvelles manière de produire du carburant est que les gouvernements tendent à concentrer leur culture pour la production de biocarburant qui sera ensuite vendu au détriment des cultures destinées à l’alimentation.

De plus, le nouvel « or vert », ces cultures céréalières orientées pour le substitut pétrolier, ont un autre effet pervers : l’augmentation des prix.

Ainsi depuis 2006 bon nombre de produit de base (et vitaux pour beaucoup d’hommes) ont vu leur prix flamber. C’est le cas du maïs, utilisé pour produire de l’éthanol, qui a atteint des prix record du fait d’un décalage entre l’offre et la demande, accru pour la production du biocarburant. Ceci a par exemple aggravé l’augmentation du prix de la tortilla, aliment de base au Mexique, déjà mis à mal par une décision du gouvernement de libéraliser le marché de la tortilla (avant le prix était fixé par l’Etat).


Si les prix de l’alimentaire sont amenés à augmenter, il est sûr que cela aura de grave conséquences sociales et politiques dans des pays où les ménages consacrent déjà la majorité de leurs revenus à l’alimentation. Des émeutes de la faim ont déjà eu lieu en Haïti et en Afrique.

 


Appauvrissement des sols, pollution des eaux et déforestation
De plus, les surface de culture sont augmentées afin d’assurer un approvisionnement du marché, et cela se fait une fois de plus au détriment des écosystèmes puisque pour augmenter les parcelles cultivables, on détruit allégrement les milieux naturels et entraîne l’érosion des sols.


C’est ainsi que l’Union Européenne a décidé de réduire, voire supprimer la mise en jachère obligatoire d’une partie des terres cultivées (mis en place en 1992) afin d’augmenter les surfaces de cultivation de biocarburant. Pourtant cette mise en jachère permettait, outre de lutter contre la surproduction agricole, de limiter l’appauvrissement de la qualité des sols.


Également, en Malaisie, les Amis de la Terre estime que la plantation de palmiers à huile, intensifié pour les agro carburants, a été responsable de 87% de la déforestation ces deux dernières décennies.  Au Congo ce sont les gorilles qui sont de nouveaux mis en péril par la déforestation qu’engendre l’extension de la culture de ce palmier, sans parler de milliers de population déplacés de leurs terres pour pouvoir les utiliser à la production. La Chine, grosse consommatrice de carburant, est la première à investir en Afrique pour développer ces plantations.


En outre, l’INRA rapporte que le bilan énergétique du biocarburant à partir de céréales est très médiocre si l’on prend en compte ces différents aspects socio environnementaux et la pollution des eaux que la production entraîne.

 


Enfin, preuve en est que l’avenir ne se situe pas dans le développement exclusif de ces techniques, pour remplacer totalement la consommation planétaire de carburants fossiles (pétrole, gaz…) par ce type de biocarburants, il nous faudrait plusieurs fois la surface de la terre !
Heureusement, les recherches montrent que la nature a encore d’autres ressources qui peuvent nous aider dans la recherche d’alternatives viables au pétrole. Les filières de deuxième génération nous le prouvent !

 

 



Les filières de deuxième génération : Vers une solution plus durable



Toujours en utilisant des espèces végétales, une plante semble promise à une voie d’avenir, la Jatropha Curcas. Il s’agit d’un arbuste qui pousse en zone aride et qui est très productif en huile. En plus de fournir de l’huile, sa culture permet de lutter contre la désertification car elle pousse très bien sur des sols très difficiles qui sont normalement inexploitables pour d’autres cultures.


Et comme elle n’est pas comestible elle n’entre pas en concurrence avec les productions alimentaires. De plus, les résidus obtenus de l’extraction de l’huile peuvent servir à fabriquer du méthane !

 

 


Mais les recherches actuelles tendent à se concentrer sur des techniques qui consistent à transformer la lignine (composant du bois) et la cellulose contenue dans les végétaux (paille, bois, déchets) en alcool ou en gaz.

 


En cela, les termites vont nous être d’une grande aide !
En effet, les termites possèdent des enzymes capables de transformer des déchets de bois en sucre, en 24 heures. Ce sucre sera ensuite utilisé pour la production d’alcool d’éthanol.


Et déjà (enfin !) la troisième génération est en route.  Des études sont en cours (et prometteuse pour l’avenir) avec les micro-algues, la laitue de mer et même le petit-lait, résidus du lait très peu utilisé dans l’industrie laitière.
Comme quoi, les alternatives au pétrole sont bel et bien existantes et ne demandent qu’à être développées.