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On voit défiler sous nos yeux les différents escaliers qui constituent ce petit pays bien loin des océans. En bas se situe la marche de la plaine du Gange et en haut, le toit du monde, l’Himalaya. Entre les deux, il y a d’abord le Teraï, la région basse. Puis le Siwalik et le Mahabbar Lekh, constitués de sommets allant de 1500 m à 3000 m. Viennent ensuite le plateau Népalais, une bande de 100 km de large qui englobe la vallée de Katmandou et enfin le Grand Himalaya avec le Sagarmatha que nous occidentaux appelons l’Everest comme point culminant. Un tout petit pays à la diversité étonnante.
Katmandou
Au bout de ces interminables heures de bus, nos fesses n’en peuvent plus, surtout que l’on fait très peu de pause, de quelques minutes seulement. Enfin arrivés à la capitale, le ciel devient en quelques secondes tout gris et des trombes d’eau ne tardent pas à s’abattre sur Katmandou et les milliers de voitures, motos et pousse-pousses qui se partagent la route. Sous cette pluie diluvienne, il nous faut récupérer les sacs callés sur le toit du bus, s’engouffrer dans un taxi et donner un nom d’hôtel, au hasard. C’est alors que l’on ressort de notre mémoire un nom de guest-house conseillée par des routards rencontrés à Darjeeling. Après négociation avec le chauffeur de taxi qui cherche à nous extorquer de 3 ou 4 fois le prix normal de la course, on peut enfin se poser.
Yellow House a été un petit havre de paix, avec jardin bucolique et Naran, employé de l’hôtel qui nous a bichonné durant ces semaines passées ici. On se laisse doucement imprégner par la vie quotidienne à Katmandou.
On retrouve beaucoup de facettes de l’Inde, notamment le mot multifonction, Namaste, qui veut dire « que l’ensemble de vos qualités soient bénies et protégées des Dieux », Eux au moins ils ne rigolent pas quand il s’agit de se dire bonjour ou merci ! Mais ils ne l’utilisent pas si souvent que nous. Quand ils le disent, il y a vraiment le signifiant derrière, le mot est pensé avant d’être énoncé.
Les traditions hindouistes sont également présentes tout comme les sollicitations des rickshaws… Même ce petit détail, le fameux signe pour dire oui, leur petit hochement de tête que seuls les Indiens et visiblement les Népalais savent si bien faire. Un petit dodelinement de la tête est leur version du oui. Nous on hoche la tête de haut en bas verticalement, eux hochent la tête de gauche à droite dans un mouvement désarticulé, comme si les oreilles hésitaient à aller toucher les épaules. Un mélange de Oui-Oui et la soupe aux choux quoi ! En tout cas au début cela nous mettait dans la confusion.
Avec Jean, on partage quelques jours au calme à discuter. C’est un Québécois que nous avons rencontré à Kakarbhitta, 4h du mat’, les yeux encore gonflés de sommeil et la tête embrumée de n’avoir pas bu notre chai matinal. Près du bus qu’on trouve un peu vieillot pour faire encore cette route chaotique, un homme au petit accent québécois qui inspire tout de suite l’amitié nous demande de l’aider à charger son caddy sur le toit du bus. Un caddy ?! Pris de curiosité, Jean nous parlera de son histoire, ses voyages… Il pousse son caddy trolley sur les routes du monde depuis 8 ans. Son but est uniquement de réaliser cette aventure humaine et diffuser un message de paix aux enfants du monde entier. Retour prévu au Québec auprès de sa femme, ses enfants et désormais ses petits-enfants en 2012. Respect Jean !
Au fil des jours, nous faisons de nouvelles rencontres. Thibault, jeune belge qui est venu faire du bénévolat pour aider l’association Friends of Needy Children, Simon et Sophie-Alexia, des cousins québécois qui se laissent vivre en Inde depuis plusieurs mois et Jacky un vieux un peu bourru aux airs de pirate pour le moins atypique…

Les démarches pour le visa chinois nous attendent. On sait que ça ne va pas être facile étant donné les troubles récents au Tibet et la fermeture de la frontière tibétaine et de notre « méchante nationalité d’Européen qui soutiennent les Tibétains ».
Notre problème c’est que d’Inde ou du Népal on est coincé pour aller vers l’Asie du Sud-est, toutes les frontières possibles sont fermées. La seule solution pour quitter le pays, hormis passer par le Tibet, est l’avion.
Nous voulons quand même nous diriger vers la Chine et plus spécifiquement Chengdu qui n’est pas très loin et rend notre tracé initial encore en partie possible. Hélas impossible d’obtenir le visa chinois. Au consulat, ils nous disent de retourner en France pour faire notre demande, sans être sûr de l’obtenir. Nous voilà bien avancé ! En plus il faut absolument que l’on obtienne un droit de passage sur leur territoire étant donné que notre prochain vol prévu part de HongKong pour Johannesburg.Nous ne pouvons atterrir au Vietnam puisque nous n’avons pas de visa Vietnamien, on était supposé le faire en Chine car au Népal impossible d’en faire la demande… Bref on vous épargne le casse-tête.
On ne trouve aucune aide à Katmandou et notre compagnie d’avions nous encourage à aller à HongKong où le personnel sera plus à même de nous aider. on choisira donc d’atterrir sur l’île de HongKong et de tenter notre chance pour le visa Chinois et Vietnamien.
Maintenant que cet imbroglio est résolu (du moins en suspend) on peut profiter de Katmandou. Ses petites ruelles cahoteuses et poussiéreuses, Durbar Square et le palais royal, les temples aux effigies de Dieux Hindouistes, les stupas bouddhistes, les petites échoppes des commerçants qui laissent déborder leurs marchandises sur le trottoir, des hommes et femmes portant leur panier surchargé sur le dos, les couleurs des saris des femmes qui se rendent aux temples pour prier, faire une puja, les détritus au bord des routes, les couleurs du marché aux légumes, les jolies façades de maisons anciennes en bois, les sollicitations des chauffeurs de richsaw, concerts de klaxons pour dire « attention j’suis là ».

On rencontre des enfants tout sourire dans la rue. On fera également la connaissance de Voni, un volontaire au Népal qui nous emmène à la découverte de la situation des jeunes des rues de Katmandou. On l’a rencontré sur les marches d’un temple de Durbar Square lors d’un événement pacifique organisé pour la Journée Mondiale de l’Environnement du 5 juin dernier.
On croise également des sadous, ces hommes qui décident de se retirer de la société pour méditer. Ils sont reconnaissables à leur allure, là en l’occurrence extrême, tout coloré, barbu et peu vêtu. A ne pas confondre avec les gurus, sorte de guide spirituelle qui te guide dans tes choix de vie. Térésa a rencontré un guru. C’est une jeune Anglaise qui va se marier à un Népalais plus vite qu’elle ne pensait. Ils sont allé voir le guru de la famille de son futur époux qui a lu leur calendrier astral et à ainsi déterminer pour eux la date à laquelle devait avoir lieu leur union. Celle-ci aura ainsi toutes les chances d’être favorable.
On aura eu l’opportunité d’apercevoir la déesse vivante. C’est une enfant qui est vénérée par les Népalais jusqu’à ses premiers saignements (qui prouvent qu’elle est humaine). L’enfant est élue très jeune et placée avec sa famille dans les quartiers du palais de Durbar Square et vit comme une petite princesse.
Les traditions sont encore vivaces dans ce pays et ne manquent pas de provoquer un choc des cultures. Mais le monde à la mode occidental déploie ses quartiers également ici, lieu de passage de nombreux touristes en quête de hautes montagnes et de spiritualité Hindouiste et Bouddhiste. Et également lieu de vie, tout comme l’Inde, de vieux hippies encore à l’âge du flower power.
A Thamel ce sont des hommes parfois très jeunes qui nous soufflent au passage dans les rues « majijuana »... Juste un sifflement dans l’air, comme un message subliminal. Parfois plus grossier, la main devant la bouche comme pour dire un secret mais énoncé si fort que toute la rue entend ! Avec les vendeurs d’artisanat, les brodeurs sur tissus, nous ne sommes pas en reste. Vous pouvez tout trouver ici et les vendeurs sont prêts à s’accrocher à vos jambes pour espérer faire une vente ! Dur dur de passer des jours entiers sous les sollicitations dès que tu mets le nez dans ce quartier. Mais les gens restent très accueillants et c’est une sensation très agréable que d’avoir ses petites habitudes dans le quartier, ses commerçants « attitrés », leur sourire et les quelques mots échangés au comptoir de leurs échoppes.
Katmandou s’est également une ville qui fait face à des problèmes et qui tente de s’organiser pour pallier les manques. Des sources vivantes d’énergie qui se mobilisent des 4 coins du monde pour venir en aide à ce peuple qui restera mythique aux yeux du monde, le peuple himalayen.
On rencontre Jacky (un autre !), qui s’occupe des jeunes des rues de Katmandou et a fait un travail fantastique depuis la création de sa fondation Umbrella. Un portrait à voir absolument.
Avec Thibault, on parle des enfants atteints du VIH et du centre qui leur vient en aide. Il nous embarque pour une petite rencontre de Dhiraj Simkhada, le directeur du centre et des enfants. Dès notre arrivée, des grands sourires, des enfants qui nous observent, nous scrutent pour finalement venir glisser leurs petites mains dans les nôtres et nous faire de gros câlins. Un havre de paix familial pour ce centre qui accueille également les mamans. En quelques mois ces enfants qui arrivent souvent dénutris, malades et amaigris repartent, certes toujours atteint du virus mais en bonne santé, tout jovial et pleins de l’énergie que tout enfant devrait avoir à cet âge. Allez voir le portrait de cette super action !
Avec le Jacky pirate, Jean-Pierre, Simon et Sophie-Alexia on parle méditation, on échange des techniques, on débat sur le monde, l’espèce humaine.
Mais quel est donc ce petit plus dans l’atmosphère qui pousse les gens vers une quête spirituelle, presque mystique ? ! En tout cas la magie opère, on se questionne, on se bouscule, on en profite pour faire le point, nous laisser aller à la détente, l’ouverture d’esprit, le lâché prise…Bouddha est là, partout, son regard nous suit du haut des stupas… En plus c’est vrai qu’on fait un bond en avant, normal qu’on évolue au Népal, on est en 2065 ici nom d’une pipe !

Malgré son avance sur le calendrier, le Népal respire encore une atmosphère presque médiévale, le pays ayant eu ses premières routes, liaisons aériennes et industries qu’à partir des années 50 et n’ayant jamais, jusqu’alors, pu s’extirper d’une monarchie en cours depuis de nombreuses décennies ni du climat de violence latent causé par la guérilla des Maoïstes. Le roi a fait appel au soutien des Américains en 2002 pour combattre les maoïstes et assurer ainsi sa souveraineté. C’est pour ça que ce régime est inscrit sur la liste des organisations terroristes. Au nom de la lutte contre le terrorisme, le Roi a édifié un régime totalitaire, asservit les médias, contrôlé les ONG et réprimé les manifestations.
Les élections qui viennent de se dérouler vont peut-être changer un peu le pays avec l’arrivée au pouvoir des maoïstes qui ont emporté la majorité aux élections de l’Assemblée Constituante. La nouvelles constitution a été adoptée en avril 2008. Désormais le Népal n’est plus une monarchie mais une république démocratique fédérale.
Pour le moment, le calme règne sur la capitale, les gens semblent satisfait des élections, la vie suit son cours. Les vendeurs réchauffent leur chai dans la rue, les enfants continuent de défiler dans les uniformes différents des nombreuses écoles des environs, les vaches de se la couler douce, des femmes et leurs bébés envahissent les trottoirs pour une journée de mendicité. Elle tue le temps par des séances d’épouillage de leur crinière emmêlée et bien terne de n’avoir pas vu le savon et le peigne depuis un moment déjà…
Pour la classe moyenne, le rêve est toujours de devenir plus riche, avoir une plus grande maison, une voiture, le dernier portable, des jeunes qui caresse l’espoir de devenir des pops stars de télévision, des femmes qui se tartinent de crème éclaircissantes sur le visage et le corps pour paraître plus blanche…plus occidentale. C’était la même chose en Inde et en Amérique du sud. Ironie d’un monde ou une partie de ses habitants peut passer des heures au soleil pour espérer brunir un peu tandis que les autres se servent de potions magiques pour devenir plus clairs !
Pokhara et randonnée dans les environs des Anapurnas
Il est temps pour nous de monter une marche de l’escalier Népalais. Pour cela direction Pokhara, un petit Annecy encore un peu préservé, entouré par les monts aux neiges éternelles et écrin du magnifique lac Phewa qui reflète les chaînes montagneuses dans ses eaux bleu profond.
On décide de partir en randonnée (ou en « Trek » si vous préférez, il paraît que ça en jette plus !) pour quelques jours dans les monts himalayens environnants.
Réveil matinal, bus pour rejoindre un petit village un peu plus loin, chai bouillant pour nous réveiller, on est prêt, c’est parti ! En route pour un peu d’air frais à 3000 mètres d’altitude !
Une semaine à marcher dans les montagnes, à travers les villages de différentes ethnies accessibles seulement à plusieurs jours de marche, au travers les forêts de rhododendrons et de bambous ainsi que sur les ponts suspendus qui enjambent les rivières. La vue des monts géants s’élargit de plus en plus à l’horizon, notamment au point de vue de Poon Hill qui se mérite par un départ matinal à 4h45 pour admirer le levé du soleil qui enflamme les monts environnants du Haut Himalaya.

Dès le premier jour, on est servi question air frais, car la montée fait ouvrir nos poumons avec ses 3280 marches d’escaliers en pierre. Mélanie s’y préparait déjà mentalement depuis plusieurs jours, comme pour une guerre… Et elle est arrivée la première ! Juste à temps, avant que la pluie ne se lâche enfin sur les bananiers environnants et les jolies maisonnettes en bois disposées au bord du sentier. Nous élirons donc domicile pour la première nuit dans l’une d’entre elles et nous poserons avec Pascal et Marie, une rencontre faite sur la route. Un couple de rennais qui font un tour du monde depuis plusieurs mois. Ils venaient d’Inde où ils ont consacré un peu de leur temps aux Sœurs de la Charité, l’asso de Mère Thérésa. On a tout de suite accroché et avons donc partagé le reste de la route ensemble.
On laisse aller notre grimpette paisible. Nous ne croisons que de très rares occidentaux et de nombreux porteurs, des éleveurs avec leurs troupeaux de moutons, de chèvres, les groupes d’enfants, cahier sous le bras, uniforme et coiffure gominée qui se dirigent à l’école. Les femmes ramassent de la nourriture dans la forêt ou s’affairent dans les champs et rizières, transportent de village en village des amoncellements d’herbes ou autres végétaux dans leur large panier en osier, bien calé sur leur dos par une sangle qui encercle le haut de la tête. Et enfin n’oublions pas les milliers de coccinelles qui parent le vert des feuilles de petits points rouges et nous montrent ainsi le chemin.
Le matin et le début d’apm sont des moments délicieux de la journée, de dépassement de soi parfois. Mais l’effort que les chemins escarpés de montagne nous demandent n’est rien comparé au lot des porteurs que l’on croise. En simples sandales, ils dévalent ou crapahutent les pentes avec des charges très impressionnantes sur leur dos. JF a porté quelques secondes le panier d’un jeune porteur et quant à Mélanie elle a même pas pu le décoller du sol.
Les porteurs les plus mythiques sont les sherpas, une autre ethnie qui vit dans les confins de l’Himalaya. Un métier extrêmement durs aux conditions très difficiles. A Katmandou, nous avons rencontré des membres de l’équipe de Keep, une asso qui milite pour de meilleurs conditions de travail des porteurs et pour plus d’écologie dans les montagnes et notamment lors des treks pour les occidentaux.
Nos journées de marche sont souvent arrêtées par la météo car, comme si l’horloge interne de la planète se réveillait, il se met à pleuvoir à partir de 15-16h. Cette pluie est donc la bienvenue pour mettre un terme à notre journée et arroser la végétation qui garde ainsi son vert luxuriant, écrin d’une faune et flore grouillantes de vie sous ses plus belles formes et ses plus beaux chants.

La forêt s’étale en une langue d’un vert camaïeu aux nuances infinies. La brume prend soudain possession de l’espace et arrose de ces fines perles de rosées les différentes essences de la forêt.
Dans ces moments de pur silence, d'admiration de la nature, on jurerait entendre le bruissement des gouttes de rosées qui s’écrasent sur les feuilles des arbres, comme si l’environnement jouait une douce symphonie en nous murmurant des mots doux à l’oreille. L’atmosphère nous cajole et nous insuffle son énergie que l’on parvient à capter rien qu’en s’émerveillant de ce magnifique spectacle de la vie. Certains diront qu’on ouvre nos chakras. La nature est notre guru.
On se ballade de village en village, planté à flanc de montagnes, comme posé là sur ces terrasses en escaliers, ingénieusement façonnées par l’homme durant des générations, preuve grandeur nature de la formidable capacité d’adaptation de l’homme à son environnement.
Les marches deviennent parfois dures, surtout lorsque l’on termine par une montée très raide sur un sentier escarpé, caillouteux, l’élan ralentit par un vent et une pluie intense. Trempé et éreinté, à l’arrivée c’est la satisfaction. Qu’est ce que c’est bon ce dépassement physique, cette sueur qui vient laver nos pores et éliminer nos toxines ! Et on remet ça le lendemain. Parfois dur dur de se lever !
On se laisse dorloter par les femmes en majorité de l’ethnie des Gurungs (peuple mongoloïde qui a pour ancêtres les Tibétains) qui nous ont reçues dans leurs maisons, transformées en guest-house – ou dans leurs guest-house transformée en maisons, on ne sait plus très bien.
Un midi, une des femme s’est affairée à préparer son thali, dont elle nous promet le meilleur. Installés sur la terrasse, on se laisse baigner dans la sérénité et la simplicité des lieux. Dans la cour, les poules gloussent et cherchent à picorer le grain étalé au soleil, sans cesse poursuivies par leurs petits poussins qui se dodelinent vaille que vaille pour déplacer leur corps tout en boule. Le chien, pendant ce temps-là, se prélasse sous la table à coté, ayant trouvé là un coin d’ombre rêvé sous la chaleur torride des coups de 12h. A côté, une autre femme fait sa lessive à la fontaine à eau. Ca c’est bien un sacré point de ralliement, le lieu de transit, de rencontres, de discussions à la volée, de moments parfois intimes…

On glisse nos yeux dans la cuisine pour observer la femme nous préparer sa recette.
Assise au coin du feu de bois, où mijote déjà une casserole d’eau, elle étale des feuilles de menthe sur une grosse pierre plate qui lui sert de plateau et commence à les broyer à l’aide d’une autre pierre toute ronde qu’elle roule sur les feuilles. Pendant que la purée de menthe, où viendront s’ajouter piments et autres épices, s’épaissit, le riz continue de mijoter sur le feu, habilement touillé par la femme entre deux tours de pierre. Dans une poêle à côté, des légumes rissolent et elle les mélange de temps en temps, tout en prenant le temps de réalimenter le feu de quelques bûches ; Celui-ci libère ainsi ses fumées noires toxiques, responsables de tant de maladies pulmonaires pour ces gens qui utilisent le bois pour cuisiner dans des espaces non ventilés. L’autre partie du décors de cette vie à l’ancienne.
Il faut bien l’avouer, nous avons dégusté le meilleur des thalis. La purée de menthe était un vrai délice !
Déjà l’heure de quitter ce petit coin de paradis, le ciel commençant rapidement à s’assombrir, nous promettant ainsi une belle saucée pour les quelques heures de marche et plusieurs centaines de mètres de dénivelé qui nous attendent !
Notre hôtesse d’un repas tient tout de même à nous montrer l’utilisation de son métier à tisser qui trône sur la terrasse et pour lequel nous avons manifesté tant de curiosité.
C’était une courte tranche de vie partagée avec ces montagnards du toit du monde qui vivent dans un véritable réservoir à énergie. On ressent et inspire cette énergie, on se purifie par l’effort réalisé dans les journées de trek qui défilent, par les réflexions que nous avons au fil de la marche et de nos discussions, de nos lectures qui nous accompagnent dans notre cheminement…

Nous nous séparons de nos amis pour la fin du trek, eux repartent à Pokhara, nous voulons marcher une journée de plus pour rejoindre la ville. On continuera jusque tard le soir sous une pluie diluvienne pour s’arrêter enfin dans un tout petit village qui ne dispose que de quelques lieux pour héberger les étrangers. Nous serons donc logé dans la chambre de quelqu’un où les quelques enfants défilerons pour nous observer, partager un brin de causette.
Bien qu’on apprécie ces moments d’échange, on est plutôt fatigué de notre journée, avec juste l’envie de détendre nos muscles, manger et se coucher en se laissant bercer par le bruit de la pluie qui se déchaîne au-dehors.
Le lendemain après une toilette à la fontaine commune, on reprend la route sous le soleil en longeant les méandres des cours d’eaux qui rejoignent le lac. On admire le magnifique tapis parme des Jacinthe d’eau et le marron intense des buffles d’eau qui pataugent dans leur bain à coté des rizières inondées. Dans les champs, des tâches de couleurs s’activent, des carapaces de tortue sortent des herbes hautes, du moins ce qu’il paraît être des carapaces de tortues géantes mais qui n’est en fait que les Népalais qui s’abrite de la pluie sous une coque habilement ressée.
On rejoint ainsi Pokhara et on retrouve nos amis Pascal et Marie pour partager nos derniers jours avant de rejoindre Katmandou et s’envoler vers HongKong.
Sur la route qui se rapprochent de la capitale le paysage devient moins sympathique, les champs de maïs remplacent la forêt, voitures, motos et klaxons nous reviennent aux oreilles et aux narines. Adieu air pur et vivifiant !
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