Tio Antonio : Venir en aide aux jeunes en difficulté


 

C’est par hasard que nous posons nos bagages à l’hostel Dorada de Granada. Rapidement nous nous interrogeons sur la présence de nombreux jeunes qui semblent vivre dans cet hostel (ce sont les vacances scolaires) placardé d’écharpes et posters du « FC Barcelone », sans doute le Dieu vénéré sur place. C’est donc en décidant d’en savoir plus que nous plongeons dans l’histoire passionnante d’Antonio, Espagnol de 43 ans qui un jour à tout plaqué pour vivre au Nicaragua et venir en aide aux jeunes en difficulté.


Tout commence par une tornade


Pour nous parler de ce qui l’a fait atterrir ici, Antonio évoque une tornade, au sens figuré comme au sens propre.

Tout commence un jour de 2005 où cet homme d’affaire travaillant dans la restauration décide de monter un commerce au Nicaragua, afin de faire fructifier ses économies. A peine arrivé dans un petit village de campagne, une terrible tempête éclate, le bloquant sur place pendant 9 jours.

Durant cet ouragan, la préoccupation première de tous était de trouver à manger. Ni une ni deux, Antonio débusque des poulets, du riz et voilà tout le monde embarqué pour un voyage  en Espagne grâce à ses soirées paellas ! Rapidement les jeunes du village s’attroupent autour de lui, se régalent de ses bons plats, rient avec cet homme au visage qui reflète la générosité et la joie de vivre. 

L'ouragan est passé... mais Antonio reste. Il partagera la vie des habitants pendant 37 jours. Le temps pour lui de prendre deux décisions: Vivre au Nicaragua et venir en aide au Nicaraguayens. Plus question de monter un commerce pour s'enrichir alors que sous ses yeux s'étale une injustice criante, un peuple laissé à la faim et la misère.


Parmi les jeunes du village, Antonio a fait la connaissance d'Oscar, que tout le monde appelait « le fou ». Oscar était un jeune homme frêle de 14 ans, qui ne parlait pas et n’entendait pas. Malgré le manque de communication orale, une relation d'amitié s'instaure. Un jour Antonio se décide, avec l'autorisation du papa, a conduire Oscar à l'hopital afin de mettre un diagnostic sur son problème qui l’empêche de communiquer. Verdict : perte auditive de 75 et 80%. Cette surdité l’empêche de parler correctement et de vivre une vie normale. De plus il souffre d’un manque total d’éducation, ne sachant ni lire ni écrire (il a 14 ans), ni même ce qu’était un jour de la semaine.

Mais Oscar peut apprendre. Pour cela il faut qu’il bénéficie d’une éducation spéciale, à Granada, à plus de 200 kms d’où habite son père. Antonio achète donc une maison avec ses économies et prend en charge l’éducation d’Oscar.
Deux ans après, le changement est incroyable ! C’est un jeune homme grand et musclé, au visage épanoui et au sourire jovial. Il parle bien, a appris à compter, lire… Tout ce qu’un adolescent de 16 ans doit savoir et être en somme ! 

Peu après leur installation le hasard de la vie a amené un autre jeune à la porte d’Antonio, puis un autre, puis… Aujourd’hui 8 adolescents de 12 à 19 ans vivent avec lui, dont certains souffrent de différents handicaps ou bien vivaient dans la rue ou encore au sein d’un foyer encore plus hostile que la rue.

Antonio n’accueille que des garçons afin de ne pas avoir plusieurs adolescents de sexe différent sous le même toit.

 

  

 
Nous avons pu vivre quelques jours aux côtés de « cette famille » et avons ressenti tout l’amour qui les unit. Antonio est leur oncle, ils le nomment ainsi.

Après les premières méfiances face à ce blanc vivant avec de jeunes locaux, la population s’est également mise à l’appeler Tio Antonio, l’oncle Antonio.
Des mamans sont même venues lui apporter leurs jeunes enfants, prêtes à les abandonner pour qu'il les prenne en charge. Hors de question de couper les liens familiaux lorsqu’il est possible de faire autrement ! Le maintien dans la cellule familiale est privilégié et pour ceux qui vivent au foyer d’Antonio, toutes les 3 semaines, ils vont voir leurs familles, qui habitent souvent loin.

En tout 37 jeunes (garçons et filles) et leur famille des environs de Granada sont soutenus.

Antonio parait un véritable assistant social improvisé, créant ses propres méthodes. Il s’entretient avec les familles et se rend à domicile afin de recueillir les informations nécessaires pour décider de l’aide à apporter. 

Et l’argent direz-vous ? Le bas de laine à bien dû fondre…

 

 

Le « centre Tio Antonio » et son financement


Les 100 000 euros de capital départ qu’Antonio possédait ont fini par être dilapidé. Plein de ressources et d’amis fidèles, Antonio les a mobilisés. Aujourd’hui 25 personnes apportent mensuellement leur contribution. Et lorsque l’on sait que 65 euros représentent le salaire moyen mensuel de la population, on comprend vite que 30 euros par ci et 30 euros par là, transformé en Cordobas, cela devient vite une aide réelle et importante !
Avec ses amis, ils ont décidé d’officialiser leur contribution à la population Nicaraguayenne : Le « centre Tio Antonio » est né !

Afin de compléter les revenus, Antonio a ouvert une partie des portes de sa grande maison aux touristes en créant l’hostel Dorada, ouvert depuis 10 mois. Tous les bénéfices servent à alimenter le centre qui emploie désormais (à un salaire juste de 80 euros/mois) une éducatrice spécialisée et du personnel pour gérer l’hostel et le centre (repas, soutien scolaire…).


Quelques exemples d’aide apportée


Cet homme, qui n’a pas hésité à construire un cercueil avec des portes pour une famille qui ne pouvait payer les 50 dollars nécessaires, met toutes ses ressources et sa créativité au service des gens qui frappent à sa porte :

- Versement d’une allocation pour la nourriture à une grand-mère qui a la charge d'élever ses petits-enfants. Ainsi les enfants peuvent aller à l'école plutôt que travailler dans la rue.

- Financement de frais et matériels médicaux et mise en place d'un partenariat avec Aviation sans Frontières et Pharmamundi pour l'acheminement de médicaments.
Ici le système hospitalier est très précaire et toutes les fournitures (pansements, sangs...) doit être fourni par le malade, avant de pouvoir être soigné. Certains ne peuvent payer ces fournitures et ne seront donc pas soigné.

- Financement des études pour 26 jeunes, dont une éducation spéciale pour les jeunes souffrant de handicap (en majorité surdité).

- Organisation de collecte de nourriture pour les familles les plus démunis. Cause de l'inflation, les produits de base tels le riz et les frijoles, principale source de protéines, sont très chers pour certaines familles.

- Mais sa grande fierté reste le projet sur lequel il planche actuellement. Selon lui, et beaucoup d’autres, un des plus grand problème que connaisse les familles est le logement, très rudimentaire. C'est la cause de nombreux problèmes de santé et de violences familiales.

Face à cela, Antonio a entendu parler d’un certain Nader Khalili, architecte qui a inventé les maisons construites avec…du plastique et de la terre : le SUPERADOBE !! Cet Iranien propose des formations aux gens pour apprendre à construire ce type de maison écologique, économique, antisismique, anti-inondation, anti-ouragan !! Rien que ça. 

Le plan d’Antonio c’est donc d’envoyer un des jeunes du foyer à Los Angeles pour y suivre la formation (il part en février) et revenir pour enseigner cette technique à la population ! 

 

Promis on vous reparlera très vite de ces maisons en SUPERADOBE !

 
Antonio est conscient qu’il ne pourra pas aider tout le monde ni remplacer le rôle du gouvernement (dans un pays où le concept d’aide social est quasi-inconnu des gens), et il se défend bien d’être « un sain », comme certains villageois aiment à croire, mais ce qu’il peut faire, il le fait.

Modestement, Antonio n’oublie pas de rappeler l'existance de tous les gens qui l’aident depuis l’Espagne et, sans qui, l’oncle Antonio, il ne serait pas si magique, comme les enfants disent…

 

 

« No hablar pero hacer ! (Ne pas parler mais faire !) »
Antonio Prieto Bugnouel

 

http://tioantonio.blog.com/