Il suffit de croiser le regard de Mario pour y voir ce qui le pousse à s’investir auprès des pauvres du Nicaragua. La colère et l’indignation s’entremêlent à une profonde tristesse. Tous ces sentiments construisent sa force et lui impulse le dynamisme dont il fait preuve.
Ses parents, campesiños souffrant de la pauvreté, ont toujours eu une grande ambition pour leur fils. Son père lui imaginait un avenir meilleur, pourquoi pas sous les traits d’ingénieur civil. Mais Mario a grandi en constatant et en vivant l’extrême pauvreté de son pays.
En 1971, durant la révolution, il participe à sa première manifestation. Puis se succèdent différents boulots pour pouvoir financer ses études du soir. Poussé par la volonté d’aider son peuple il a choisi l’économie, puis le droit, puis le développement local.
En 2004, fort de toutes les connaissances accumulées qui ont fait naître quantité de projet, il décide de fonder la fondation Masaya contre la pobreza.
La fondation Masaya contre la pauvreté
Les objectifs de la fondation sont d’impulser le respect des droits humains de compter sur un niveau de vie décent qui garantisse aux familles, la santé, le logement et la nourriture et le bien-être, besoins fondamentaux dans la vie de tout homme.
Il base sa force sur la coordination et la concentration des aides de solidarité internationale, représentées sous forme d’ONG, associations, citoyens… Fort de ces partenaires, il a entamé un grand diagnostic de la situation des communautés.
Toutes les familles des communautés les plus reculées du Nicaragua ont participé à ce diagnostic afin d’établir clairement ce dont elles ont besoin pour vivre dignement.
Se basant sur ce diagnostic, un plan de développement communautaire est en cours de rédaction. Il servira à mettre en œuvre des actions pour pallier ces manques.
Nous avons pu les constater en nous rendant dans certaines de ces communautés.
Les difficiles conditions de vie dans les communautés
Après avoir quitter une route bien goudronnée, qui mène à la capitale, nous entamons le chemin qui mène à El Llano, 1678 habitants. Après nous être embourbés dans la terre sableuse avec le véhicule, nous imaginons plus facilement les difficultés de se déplacer lors de la saison des pluies. Peu de véhicules passent par là et nous croisons plus facilement des gens se déplaçant à cheval ou en carriole.
Les animaux que nous croisons sont squelettiques, signe d’une extrême pauvreté et beaucoup d’enfants ont le ventre gonflé, signe de malnutrition.
Les habitations sont de petites cabanes construites avec ce que l’on peut trouver, le coin cuisine est une autre petite cabane d’où les fumées s’échappent difficilement du four à bois.
Beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école car les parents ne peuvent acheter les fournitures nécessaires comme les crayons, cahiers mais aussi uniformes obligatoires et chaussures.
Il n’y a pas d’eau courante et trouver de l’eau à boire est très difficile. Pourtant, l'entreprise CCola fait venir régulièrement ses camions pour approvisionner ces communautés en boissons gazeuses.
L’électricité, très cher, arrive tout de même jusqu’ici, mais subit régulièrement des coupures.
Dans la majorité des communautés, il n’y a pas de toilettes. Cela se passe donc dans une petite cabane, au fond du jardin.
Il y a un poste de soins, mais qui se trouve très éloigné, donc difficilement accessible avec l’état de la route. De plus les horaires d’ouverture sont très précis. Il faut parcourir 7kms pour se rendre à l’hôpital le plus proche, souvent à pied ou en carriole.
Le taux de mortalité infantile est de 40 pour 1000 naissance !
Le soutien de Mario et de la fondation
Face à tous ces problèmes, Mario, soutenu par les chefs des différentes communautés, mettent en œuvre différents projets comme les toilettes sèches, les fours solaires, la construction d’écoles, fournir du matériel scolaire aux enfants…
Ils travaillent également avec une ONG espagnole afin de mettre en place des activités sportives pour les jeunes.
Avec une autre association, ils impulsent un programme de développement économique qui vise à rendre la production rentable et commercialisable aux alentours.
La fondation enseigne aux hommes et femmes des communautés comment il est possible de transformer et commercialiser leur production, constituée de café, sucre de canne, haricots, bananes...
Actuellement la fondation se concentre sur la recherche de fonds afin de financer la construction d’un local pour pouvoir stocker les productions toutes l’année. Faute de ce local, la commercialisation ne se fait actuellement que l’hiver.
Ils recherchent également à acquérir une camionnette « communautaire » afin de faciliter les déplacements et acheminer les productions sur les marchés les plus éloignés.
Ils sensibilisent également à la citoyenneté en organisant des réunions pour parler, expliquer, faire émerger des projets qui pallieraient aux manques dont souffrent ces communautés.
Mario tient à nous expliquer que son pays était un pays riche avant que la colonisation ne vienne le spolier. Aujourd’hui le Nicaragua est fatigué et porte le lourd fardeau de toute son histoire. Malgré cela il existe une force de la part du peuple, encore prêt à se battre pour peu qu’on leur apporte une aide adaptée à sesbesoins.
« Il existe un continent où la vie est différente »
Mario Madriz