Nader Khalili et Cal Earth : les maisons Superadobe, une révolution architecturale


Rumi, poète Perse, l’avait prédit « La terre se transforme en or entre les mains du sage ». Nader Khalili l’a accomplit ! Construire des maisons de terre résistantes aux séismes, inondations, tremblements de terre…


Un nouvel espoir est né pour les 1,2 milliards d’hommes dans le monde qui vivent sans toit.


Nader Khalili


Nader a grandi en Iran et, à 20 ans, émigre aux USA où il étudie l’architecture. Durant plusieurs années, il réalise les grands buildings de Los Angeles et Téhéran et réussit à se faire un nom dans le domaine de l’architecture.

Pourtant, à l’approche de la quarantaine, il décide de tout arrêter et de se rapprocher de ses racines, sa culture en retournant en Iran. Il s’intéresse notamment aux différentes méthodes de construction ancestrale. Il constate que lors de séismes, les seules structures qui restent debout sont les maisons en forme ronde ou en dôme ainsi que les fours. L’idée naît !
Il rencontre un potier et ensemble, développent une technique bien particulière : cuire les maisons et les émailler !

Il rentre alors aux USA pour continuer ses recherches sur la cuisson et l’émaillage des maisons, ce qui lui vaudra, en 1984, de recevoir le prix d’Excellence en Technologie pour l’innovation que représente le système des maisons en céramique, prix décerné par l’Institut Américain des Architectes.

 

 

       


         

La Nasa l’a même contactée, s’intéressant aux maisons cuites et lui a proposé des financements pour développer le projet dans l’objectif de construire une maison sur Mars et la Lune. Amusé, il accepte la mission qui lui permettra de financer et valider ses recherches.

En 1990, il achète un terrain à Hesperia afin d’y développer différentes techniques et rapidement, des étudiants en architecture le rejoignent pour s’imprégner de son savoir.

 

 

L’institut Cal Earth

 

En 1991 Nader fonde l’Institut Californien de l’art de la Terre et l’architecture, organisation sans but lucratif  de recherche et d’enseignement de la technique superadobe.

Avec les étudiants de plus en plus nombreux à venir, ils travaillent sur des maisons fabriquées en terre qui ne nécessitent pas de cuisson. Leurs recherches se tournent sur la combinaison de terre crue et de sacs.
En 1996, l’éco-dôme voit le jour et est homologuée anti-sismique par les services officiels.
Les plans de l’éco-dôme ont été validé officiellement ce qui veut dire que n’importe qui peut construire son dôme chez lui. Son coût revient à 4000 US$ tout compris.


La création d’habitations d’urgence dans un dessein humanitaire


À partir de là, la technique ne cesse de se développer et les premières réflexions humanitaires voient le jour.
L’équipe développe donc les dômes d’urgence, des maisons qui peuvent être construites facilement, rapidement, solidement et à faible coût.

Face aux milliers de personnes qui se trouvent sans toit lors de catastrophes humanitaires, climatiques, lors de guerres… Nader a donc mis au point des maisons utilisant simplement des sacs de sable, du fil barbelé et le matériau le plus facilement disponible sur Terre : la terre !
Ce type de construction a reçu la validation du Haut Commissariat des Réfugiés des nations-Unis et ce dernier a choisi d’appliquer le système en 1995 pour fournir des abris temporaires aux réfugiés Irakien venus en Iran.  

 

     

 

 

 

Les constructions et la technique



Depuis la sortie de terre de l’éco-dôme, la technique s’améliore mais reste basiquement la même. Petit survol simplifié de la construction d’une maison :

- Creuser les tranchés sur lesquels reposeront les sacs (les murs).
- Remplir des tubes de propylène de terre et bien la tasser.
- Disposer le sac rempli de terre dans la fondation. Voilà le premier morceau du mur ! Continuer à remplir d’autres sacs et les empiler. Entre chaque sac, un fil de fer barbelé est disposé pour permettre de faire tenir l’ensemble.

Hormis la terre, l’ingrédient primordial pour construire sa maison est le travail d’équipe.  Avec un groupe d’une dizaine de personnes, une maison est construite en quelques jours, sans fatigue, sans aucune machine et sans besoin de compétences particulières si ce n’est d’avoir assimilé la technique.

Et une fois la technique maîtrisée, tout est possible.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afin de prouver que l’on peut avoir une maison de terre qui corresponde aux attentes occidentales, en 2000 Nader et ses étudiants se sont lancés dans la construction d’une grande maison : Earth-one. Le résultat est époustouflant ! Une maison à trois chambres et deux salles de bains, un grand salon, un garage…Une merveille dont les plans ont également été validés officiellement et homologués anti-sismique. Son coût revient à 90 000 US$.

Pour apprendre la construction, des vidéos et livres sont disponibles qui expliquent la méthode pas à pas.
Mais le mieux est encore de pouvoir venir à Hesperia et participer à un stage.

 

 

Les stages d’apprentissage


Beaucoup de gens ont été formés à Cal-Earth à construire avec la technique du superadobe et transmettent ensuite leurs connaissances dans différents pays du monde comme la Mongolie, le Mexique, l’Inde, l’Iran, le Brésil, la Sibérie, le Chili, l’Afrique du Sud…

Sans n’avoir jamais rien appris de la technique, les étudiants peuvent construire un dôme en 10 heures !
Les stages sont ouverts à tous. Une semaine de cours intensif coûte 1500 US$. Mais évidemment, dans la philosophie de Nader, seuls les gens qui peuvent se permettre cette dépense payent afin que ceux qui ne peuvent se le permette reçoivent l’enseignement à moindre coût. Le but étant que des gens viennent apprendre la technique et la véhicule ensuite autour d’eux. C’est ainsi qu’un Français est venu apprendre à Hesperia et s’apprête maintenant à partir en Afrique, en Côte d’Ivoire, afin d’aider un groupe de femmes à construire un centre.


C’est également le cas de Claire, française, potière de formation venue ici pour apprendre le superadobe. Voilà 3 ans qu’elle a établie ses quartiers à Hesperia, choisissant de rester et de participer à améliorer la technique aux cotés des autres étudiants. Elle part maintenant régulièrement à l’étranger afin d’y diffuser les constructions en superadobe. Le superadobe est encore une technique méconnue dans le domaine de l'ecoconstruction.

 

 

         

 

 

Les stages d’apprentissage sont l’occasion d’apprendre bien plus que la construction de sa maison. C’est l’occasion de parler de la solidarité, vivre le travail d’équipe, les relations sociales.  Les stagiaires travaillent ensemble et apprennent ainsi que le principal ingrédient qui fait la maison, est l’équipe qui travaille main dans la main pour construire chaque habitation.

Car derrière la construction en terre, c’est tout un art de vivre en harmonie ensemble et avec son environnement que Nader souhaite véhiculer.
Nourris par les poèmes de Rumi son chemin a eu pour but de nous montrer qu’avec de la créativité, tout est possible.
Nader s’est éteint lors de notre séjour à Hesperia, dans sa 79ème année mais sa lumière continuera d’irradier à travers ses étudiants, ses disciples qui continueront le chemin qu’il a entamé.

 

  
« Personne ne peut prouver qu’il y a un sens à la vie. Je dois donner un sens à ma propre vie. C’est tout. »

       

Cal-Earth
http://www.calearth.org/